Une nouvelle écologie politique

Une nouvelle écologie

Par temps de changements politiques, il est intéressant de voir que sous d’autres cieux pas tellement lointains, de nouvelles options, plus tranchées et peut-être plus conformes à un fameux “air du temps” revu et corrigé continuent de se développer.

Piratpartiet en Suède et Piratenpartei Deutschland sont en train de s’imposer doucement mais sûrement dans un paysage recomposé autour des préoccupations des nouvelles générations. Ce dernier a même réussi en quelques mois à s’imposer comme le parti numéro 3 en Allemagne et entend maintenant supplanter les Verts pour occuper la place de principal parti contestataire.

Sans forcément adhérer à ces mouvements, discutés et discutables par certains aspects, une nouvelle écologie aurait en effet toutes les raisons d’émerger.

Lié à la défense des droits dits numériques, affranchi des impasses d’un affrontement gauche-droite et soucieux de dessiner l’architecture du mieux-vivre des temps à venir, un mouvement accompagnerait la nouvelle division des pouvoirs rendue possible par la libération de l’information.

Il consacrerait l’émergence du rôle nouveau dévolu au citoyen 2.0, désormais associé au même titre que les experts à la gestion des pouvoirs publics dans un autre contexte. Un rôle de surveillance éclairée des élus, chargés d’appliquer en simplicité une politique discutée et négociée par le plus grand nombre.
Un rôle qui s’appuierait très largement sur l’Open Data et la collaboration pour agir à la fois sur la structure et le contenu de politiques véritablement citoyennes, plus à même de gérer la complexité du monde que des alliances d’hommes politiques professionnels, qui isolés, sont de moins en moins capables de percevoir ou d’agir sur la réalité.

Rebelle ? Pas vraiment le mot.
Révolutionnaire ? Peut-être.
Sûrement.

Qui sont les ennemis d’Internet ?

The Open InternetDans un article paru la semaine dernière dans The Guardian, et extrait de l’excellente série du quotidien Battle for the Internet, Sergey Brin, cofondateur de Google, fait part de ses inquiétudes concernant l’ouverture et le libre accès à Internet.

« Depuis plusieurs endroits du monde, des forces très puissantes se sont alignées contre l’Internet ouvert. Je suis plus inquiet que par le passé. C’est effrayant ». Le jadis grand laudateur d’un Internet qui pour être commercial n’en soit pas moins force de progrès, se serait converti en contempteur lucide des dérives politiques et mercantiles d’un média né dans et pour la liberté.

« Le contexte dans lequel Google a été développé, la raison pour laquelle nous avons pu mettre au point un moteur de recherche, est que l’Internet était extrêmement ouvert. Une fois que trop de règles apparaissent, cela conduit à étouffer l’innovation ». Les fabuleuses percées de jeunes post-adolescents ont pu se faire à un moment où l’organisation d’Internet était suffisamment ouverte pour permettre à des innovations de trouver l’exposition nécessaire à leur développement en des délais et budgets relativement négligeables. Quelques années plus tard, c’est l’apparition de Facebook et le triomphe d’Apple qui sont venus perturber un écosystème fondamentalement libertaire et conforme à la vision de Tim Berners-Lee et consorts.

Ce dernier s’est d’ailleurs prononcé maintes fois sur la nécessité de maintenir la toile à l’abri des enjeux commerciaux et tentatives d’ériger des barbelés sur des terrains dessinés pour favoriser l’échange et le partage, nonobstant la taille ou l’importance des acteurs en lice. Tant pour les fournisseurs d’accès que pour Facebook ou … Google (voir ici).

Sergey Brin fustige donc ces citadelles fermées constituées par Facebook et les applications de l’App Store d’où toute action de récupération de données reste compliquée si ce n’est interdite.

« Il y a beaucoup de choses qui se perdent, par exemple toute l’information dans les apps – ces données ne peuvent être parcourues par les robots d’exploration. Vous ne pouvez pas y faire de recherches ». Et quant à  Facebook, « Vous devez suivre (leurs) règles, très restrictives. »

On peut aisément révoquer les paroles d’un multi-milliardaire qui aura construit sa fortune sur l’indexation pointilleuses de milliards de données offertes à ciel ouvert et dont la philosophie peut se révéler effrayante lorsqu’elle est exprimée depuis la bouche de l’un de ses anciens dirigeants, le constat exprimé n’en resterait pas moins réel et préoccupant.

La défense exagérée d’intérêts commerciaux ne se limitant pas à ces seuls géants d’Internet, l’industrie du divertissement est également pointée du doigt.
« Elle se tire une balle dans le pied, ou peut-être pire que le pied, en faisant du lobbying pour légiférer afin de bloquer les sites offrant du contenu piraté. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas essayé, mais quand vous allez sur un site Web pirate, vous choisissez ce que vous voulez, c’est téléchargé sur le périphérique de votre choix et ça fonctionne bien – et lorsque vous devez franchir toutes ces barrières pour obtenir du contenu légitime, ces obstacles dissuadent les gens d’acheter ».

L’épisode récent de Megaupload a donné des ailes à Hollywood et à l’industrie du disque qui convoquent tous les échelons de la répression pour forcer l’application des directives européennes 2001/29/EC, Hadopi, Acta, etc.

Il est pourtant un autre danger encore plus pernicieux et c’est celui des puissances étatiques qui font voter tout un arsenal de dispositions visant à encercler les usages d’Internet dans des périmètres qui leur sont exclusivement favorables, et de façon non négociée. Un Internet national pour des pays comme la Chine, l’Iran ou l’Arabie Séoudite. Mais également des démocraties anciennes comme les États-unis, la Grande-Bretagne, la France …

Si nous prenons l’exemple très proche de cette dernière, la tragédie récente de Toulouse et la liquidation du triste Mohammed Merah a servi tous les prétextes d’un candidat (supposons ici que soit le candidat et non pas le président qui se sera exprimé … ) chantre d’un libéralisme dévoyé, plus obsédé de sécurité et d’intérêts très privés que de liberté et du bien-être de la majorité de la population.

M. Sarkozy n’a pas raté l’occasion d’un nouveau fait isolé pour proposer l’adoption de nouvelles lois destinées à empêcher un peu plus les citoyens dans leur exercice régulier du Web et de l’Internet. Au coeur du dispositif, un projet de loi relatif au délit de consultation de sites terroristes.

Nouvelle fausse idée contre-productive, ce projet de loi prévoit de punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende le fait de consulter de façon habituelle un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages, soit provoquant directement à des actes de terrorisme, soit faisant l’apologie de ces actes.

Il est certes rajouté que « Le présent article n’est pas applicable lorsque la consultation résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public, intervient dans le cadre de recherches scientifiques ou est réalisée afin de servir de preuve en justice …» mais il prévoit surtout le blocage des accès dans les mains des intermédiaires techniques pour la simple prévention des dommages …

Un nouveau coup de vis donc dans le flicage systématique de l’internet, au nom de valeurs nobles (lutte contre le terrorisme ou la pédophilie) mais au service d’une surveillance de plus en plus technique et systématisée.
Car le contrôle en amont soulève quantité de questions plus ou moins essentielles pour la bonne respiration d’une démocratie qui garantisse un minimum de liberté et de vie privée pour ses citoyens. Si l’on parle de prévention, c’est selon les critères qui peuvent être retenus, une grande partie de la population qui peut être contrôlée “de façon préventive” et en permanence, via DPI Deep Packet Inspection. Une pratique courante en Iran, Chine et Arabie Séoudite.

Ce qui serait après tout assez cohérent si l’on accepte la logique d’un actuel président se représentant le Web comme une Jungle et qui par le passé aura milité pour l’introduction d’un Internet civilisé, c’est à dire policé et sous contrôle de responsables politiques. Aussi cohérent que stupide.

Garder une technologie d’avance

L’introduction de la machine à laver dans les foyers, le passage de la télévision N&B à la TV HD à x millions de couleurs, sont des avancées fortes qui ont donné naissance à des évolutions définitives dans les comportements : Les progrès technologiques signifient des évolutions qui interdisent de facto toute possibilité de réversibilité.

Mais l’innovation est aussi et surtout une culture du détail, qui ne supporte ni les retards ni les absences.

Et si beaucoup de personnes s’irritent de ne pas trouver de prise électrique ou de réseau wifi dans un TGV, cela procède d’un certain ordre logique propre à la vie moderne.
Une logique qui exige que la technique précède les usages partout et tout le temps, dans chaque situation et à chaque endroit.

Pomme, philosophie et esthétique

Esthétique et fonctionnalité

Utilisateur régulier des produits Apple avant même que cela ne relève de la béate branchitude collective, c’est un sentiment de circonspection gênée qui m’avait envahi quelques heures après la mort de Steve Jobs.

Les mot “génie” et “visionnaire” revenaient alors sans cesse dans la bouche de milliers de marketeurs, consommateurs, hommes politiques ou analystes financiers (ceux-ci ayant perdu depuis longtemps toute notion de mesure concernant un homme qui aura fait fructifier 100 000$ investis en 1997 – date de son retour chez Apple, en une coquette somme de 6,86 millions de dollars en 2011), empressés de rendre un hommage aussi sincère que médiatique à la mémoire d’un homme au mystérieux charisme.

Le débat revenant à une juste proportion au fur et à mesure que le temps passait, ce fut la biographie de Walter Isaacson qui devait apporter quelques éléments de réalité propres à démythifier l’icône et à distinguer la part du vrai dans le comportement d’un homme pas moins exempt de défauts qu’un autre. Un homme qui n’hésitait pas, apprenait-on, à stationner ostensiblement sur des places réservés aux handicapés ou à se laisser aller à critiquer vertement Google, Bill Gates et même Barack Obama, coupable de ne pas lui avoir téléphoné personnellement…
Las, la critique trop attachée à la simple anecdote, restait lisible entre les lignes mais n’était jamais vraiment explorée de la part d’un (trop) proche de Steve Jobs.

C’est là que Evgeny Morozov, indispensable poil à gratter dans l’univers des technophiles-imbéciles qui peuplent les nombreux débats avidement relayés sur la toile, s’est attaqué à démonter cette statue dans un papier sobrement intitulé Form and Fortune.

Le point de départ en est un article du Der Spiegel daté de 2010 et qui titre Der Philosoph des 21 Jahrhunderts, soit “Le philosophe du 21ème siècle. Ce qui n’a pas manqué d’interpeller le très sceptique chercheur d’origine bélarusse, frappé par l’audace d’un magazine appelé en d’autres temps à publier de longues interviews d’Heidegger…

Car selon Evgeny Morozov, toutes les exagérations entendues au sujet d’un marketeur égotiste surdoué sont tout sauf le fruit du hasard de la part d’un libertarien végétarien et bouddhiste, tordu au point de chercher la perfection un peu partout sauf dans l’essentiel. Une somme de paradoxes, si ce n’est de contradictions, que ni le personnage ni son biographe n’ont réussi à complètement gommer.

Un Génie du … Marketing

La pensée de Steve Jobs une fois débarrassée de sa matière fantasmagorique se révèle être surtout un incomparable savoir-faire marketing, qui se distingue autant par sa conviction inébranlable que par une originalité contestée.

Car en voulant résumer sa “vision” et sa “philosophie” à des “lignes pures” et porteuses d’un esthétisme minimaliste et fonctionnel aussi évident que difficile à obtenir, Steve Jobs s’est surtout inspiré du Bauhaus, de la marque Braun et particulièrement des oeuvres de son designer vedette Dieter Rams.

Dieter Rams

Son héritage est évident dans tous les produits qu’a signés Jonathan Ive à une nuance près, c’est que la simplicité de Braun était non seulement esthétique et fonctionnelle mais également “sociale”, dotée d’une longue espérance de vie.
Et que les produits Apple sont tout le contraire, jusqu’à en devenir synonymes d’obsolescence programmée (batteries inamovibles, mises à jour intempestives, …), de mondialisation malheureuse (Apple n’est champion en bourse qu’en délocalisant de façon stratégique sa production et en payant zéro d’impôts) ou d’exploitation pure et simple (Voir les retentissants articles parus sur les conditions de travail chez Foxconn).

En décrétant que ses produits allaient changer le monde, Steve Jobs adoptait une posture plus marketing que morale qu’il ne devrait jamais assumer par la suite. La lecture de ses interviews au magazine Rolling Stone et des nombreuses anecdotes recueillies chez ses proches renseignent plus sur une emprise tyrannique et spectaculairement organisée d’un travailleur infatigable et obsédé par le profit que sur un supposé génie désintéressé, spontané, zen et polymathe, qui aurait depuis son garage inventé le futur de l’humanité.

Icalc

Un garage qui relèverait lui aussi du mythe et qui aura toujours provoqué l’étonnement de l’associé historique, Steve Wozniak, véritable nerd, lui : “J’ai surtout travaillé depuis mon appartement et les locaux d’Hewlett-Packard … Je ne comprends pas d’où vient cette histoire de garage.”

L’étonnement, et peut-être l’admiration.

 

Steve Jobs, la biographie par Walter Isaacson

L’article de Evgeny Morozov : Form and Fortune

Un Tumblr dédié à Dieter Rams

Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote

La condition de l'homme

“Il faut favoriser le développement des personnalités en exerçant avec méthode la réflexion, le jugement, la faculté de décision… Tous les grands hommes d’action furent des méditatifs. Tous possédaient, au plus haut degré, la faculté de se replier sur eux-mêmes, de délibérer au-dedans. Viser haut, voir grand, juger large, tranchant ainsi sur le commun qui se débat dans d’étroites lisières. Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote.”

Ch. de Gaulle, personnalité indispensable du siècle dernier qui a illustré avec constance le bonheur et la nécessité de conjuguer l’idée et l’action.

Car l’anachorète se nourrit des feux mouvants et éblouissants de l’action alors que l’homme d’action lui, puise toutes ses forces et volontés dans le monde remuant des idées.
Le tiraillement incessant entre ces deux logiques reste le moteur de la grandeur.

Ça peut être exprimé par un exceptionnel stratège et maître tacticien mais cela devrait concerner toutes les personnes en responsabilité.

 

Les femmes des technologies de l’information

Les femmes et les technologies de l'information

La direction générale d’IBM a été confiée le 1er janvier dernier à une femme, Ginni Rometty. Première femme à diriger la grande marque centenaire, elle y a effectué toute sa carrière puisqu’elle y a été embauchée comme ingénieur technico-commerciale avant de diriger la branche Services où elle réussira l’intégration de PriceWaterhouseCoopers.

Entreprise très attentive à son image, IBM est pionnière sur nombre de sujets concernant sa gestion des ressources humaines et a été dans les années 60 une des premières à confier des responsabilités commerciales et managériales aux femmes en s’appuyant sur une politique volontariste de formation et de promotion interne.

La républicaine milliardaire et la démocrate afro-américaine

HP, concurrent direct d’IBM, est également dirigé par une femme, Meg Whitman, diplômée de Princeton et de Harvard et multimilliardaire suite à son passage remarqué chez Ebay où elle a fait passer le C.A du groupe de 7 millions à 7 milliards de dollars. Nommée première femme d’affaires par le magazine Fortune en 2004, elle a, contrairement à Ginni Rometty, fréquenté les directions de nombreuses entreprises de premier plan, Procter & Gamble, Bains, Walt Disney, Hasbro, avec un succès à chaque fois renouvelé, avant de rejoindre HP le 22 septembre 2011.

Et si l’on considère que Ursula Burns est présidente de Xerox depuis 2010, on peut dire que les femmes occupent une place de choix dans le secteur du High Tech américain, qui par ailleurs est assez heureux et exemplaire dans ses actions d’ouverture à la diversité.

Il est rassurant de constater que l’irruption massive des femmes dans les promotions des grandes écoles commencée il y a des dizaines d’années commence aujourd’hui à porter ses fruits aux US. Parfois majoritaires dans les classes, appliquées et travailleuses, elles affichent des résultats évidemment comparables à ceux des hommes et accèdent aujourd’hui à des niveaux de responsabilité mérités et conformes à leurs mérites individuels.

Des talents utiles et nécessaires

Pourront-elles pour autant réussir là ou tant d’hommes ont failli ? Les talents féminins, pour spécifiques qu’ils soient, auront-ils plus de succès dans la gestion de gigantesques groupes confrontés à une catastrophe économique généralisée qui affecte des millions de salariés de plus en plus précaires ?

Il est certain que la féminisation des conseils d’administration et l’introduction de la mixité dans les organes de direction est une bonne chose si elle encourage la diversité des points de vue et contribue à la prise en compte d’un maximum de sensibilités différentes. Et qu’une plus grande ouverture des organes de prise de décisions à toutes les formes de talent, nonobstant leur sexe, âge, couleur ou culture, ne peut être qu’éminemment positive.

Des plafonds de verre dramatiquement bas en France

Voilà en tous les cas des arguments qui devraient être utilisés pour faire sauter des plafonds de verre bien présents en France où aucune femme ne dirige actuellement une entreprise appartenant aux 40 premières et où les Conseils d’Administration sont composés d’à-peine 10% de femmes.

Ici, les entreprises ne comptent qu’un tiers de femmes dans les effectifs totaux et l’encadrement, soit guère mieux que l’assemblée nationale qui rappelons le affiche une fausse parité d’environ 20%.
Et les technologies de l’information ne font pas exception, puisque les objectifs cités parmi les plus ambitieux se situent bien en de-ça de ce que l’on pourrait attendre.
Ainsi pour Orange, ces objectifs de féminisation restent limités à une hauteur de 35% à horizon 2015. Ce qui est nettement insuffisant, et disons-le, inquiétant au moment où la féminisation des ingénieurs a reculé de 17% l’année dernière en France.