Dans le monde selon Zuckerberg, des dogmes sans nuances sont imposés à l’ensemble de l’humanité, peu importe  l’âge ou la condition. L’utilisateur Facebook y est considéré comme un mineur à mettre à l’abri de la pédopornographie, mais aussi de la nudité, de certains courants politiques ou de posts jugés comme allant à l’encontre des intérêts politiques d’un  gouvernement en situation de guerre.
Une mise à l’abri discrétionnaire gérée de façon algorithmique, au nom d’une certaine éthique made in Facebook, c’est à dire froide, univoque et sans droit d’appel.

Capture d'écran du compte Twitter Der Tagesspiegel

Cette éthique pourrait en réalité faire étouffer de rire n’importe quelle personne susceptible de tomber après quelques clics seulement sur les pires délires racistes, sexistes ou haineux, qui fleurissent le long des tribunes libres, décomplexées et partageables.

L’affaire de la photo prise en 1972 par le Vietnamien Nick Ut Cong Huynh illustre bien le désarroi et l’impuissance des citoyens, des journalistes mais également des Etats démocratiques et souverains, à corriger des abus de position dominante de la part de ce qui est devenu en moins de 10 ans, le média mondial Numéro Un, et la principale et souvent unique source d’information pour des millions de personnes.

Sans contrôle et libéré de toutes règles déontologiques qui devraient pourtant s’imposer, ou à défaut, être imposées, on peut nourrir des appréhensions légitimes par rapport au plus grand éditeur du monde et ne plus trop croire Zuckerberg lorsqu’il parle d’« entreprise de technologie », gousse d’ail brandie sans rire.

Vouloir cacher sous le prétexte d’une nudité jugée offensante les pires heures d’un impérialisme parti à l’arrosage de vies au Napalm, ne relève définitivement pas d’une compétence algorithmique, c’est une régression définitive par rapport à la force d’images iconiques et disruptives dont la mission est de surgir, de façon imprévue et parfois scandaleuse, pour agiter les consciences et faire évoluer les libertés.
Statuer sur ce que les internautes peuvent lire, voir et entendre, est une responsabilité considérable que les législateurs devraient sans plus attendre encadrer par des règles d’orientation libérales, générales, objectives et transparentes, applicables sur toutes les plateformes du même genre.

Le rôle de l’Europe

La décision de Facebook de finalement revenir sur ses décisions de censure devrait prouver que cela est possible.
Et même si l’on peut penser  raisonnablement que les excuses de Sheryl Sandberg relèvent plus de pressions économiques que purement diplomatiques – le fonds souverain de Norvégien est en effet actionnaire de Facebook à hauteur de 0,52%, il y a d’autres actifs qui peuvent être négociés, à commencer par les données que les millions de citoyens mettent à disposition chaque jour, renforçant toujours un peu plus l’omni-pouvoir des GAFA (Apple ou Google ne sont évidemment pas exempts, voir cet article édifiant)

Au moment où l’Europe est en train d’exiger de justes contreparties fiscales, Il est peut-être également temps pour elle de prendre conscience du débat et d’organiser des règles de responsabilité éditoriale à la fois plus strictes contre la censure et plus ouvertes du point de vue des libertés.