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Harry Potter et la culotte de Lady Gaga

Ce dernier samedi pluvieux m’aura fait tomber sur un bref article du Monde qui n’aura pas manqué de m’interpeller une bonne partie du week-end. Intitulé Ciel, l’algorithme !, ce papier pose en effet quelques questions sur les rapports que peut entretenir l’industrie de l’information et ses codes déontologiques, plus ou moins sincères, avec la vision du monde très particulière d’un enfant milliardaire que rien n’arrête encore.

Car si le géant américain pèse lourd dans la visibilité des marques, et parmi celles-ci des médias, ce n’est pas toujours pour le meilleur. Finies les espérances nées des premiers jours et l’exaltation de voir en temps quasi-réel doubler ses likes et ses followers, place aux exigences d’une monétisation exigée par une entrée en bourse -record puis aussitôt catastrophique, et ses impératifs de rentabilité. En effet, l’algorithme de visibilité de Facebook a subi nombre de changements cette dernière année pour en arriver presque par la douceur à imposer aux marques de transiter par la case des annonces payantes pour être visibles, ne serait-ce que par une minorité de leurs abonnés.

Et voici que Facebook va plus loin et annonce que « le facteur clé est l’engagement. Plus un contenu est « aimé », commenté, partagé, plus il nous semble qualitatif. Nous souhaitons montrer des publications moins fréquemment aux personnes qui n’interagissent pas avec une page. » :

Les journalistes et les annonceurs sont priés de faire du « J’aime » à tout va. La réaction des rédacteurs du Monde, sceptiques, impuissants, et qui déclarent leur « refus de vouloir créer du « J’aime » à tout prix (qui) pourrait à terme se solder par une moindre visibilité » se révèle ainsi digne des cauchemars les plus noirs qu’un Beuve-Méry n’aurait pas pu imaginer et ne laisse augurer que de médiocres évolutions.

Nota Bene : Non, le titre de cet article n’est pas dû à une fausse manipulation. Il veut au contraire signifier que Facebook n’a pas le monopole de ce nouveau capitalisme populiste, aussi sot et régressif qu’il soit. Google a en effet montré la voie depuis longtemps en accordant une prime décisive aux contenus les plus « populaires », édifiant de véritables autoroutes à une civilisation du grégaire et du futile. Sans que l’on sache si nos temps et nos moeurs sont ainsi faits aujourd’hui ou si la domination technologique du monde va achever d’éliminer toute forme alternative de mémoire ou de hiérarchisation de l’information.