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Internet et la rumeur en Egypte

Peu publié ces derniers temps. Beaucoup de travail et d’imprévus à l’agence et des soucis qui en chassent d’autres. A peine le temps de passer quelques jours en Egypte et de troquer avec bonheur une bonne poignée de degrés (36 !) contre un insupportable et interminable hiver parisien. Une Egypte en proie à des démons en tous genres après le passage d’un printemps arabe et d’une révolution pas encore terminée.

Structure des cables reliant l'Afrique, l'Europe et l'Asie.
Structure des cables reliant l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

L’Egypte est exsangue, au bord de la faillite. Le gouvernement inexpérimenté de Morsi a lamentablement échoué dans sa gestion économique et les crises sociales et politiques se multiplient et font redouter des lendemains difficiles, si ce n’est sinistres : les frères musulmans et les salafistes se disputant les suffrages, c’est un peu Moussa Haj- Haj Moussa (bonnet blanc, blanc bonnet, en bon français), et c’est, dans les deux cas, un échec certain qui se profile.

Cette lutte pour le pouvoir apporte déjà son lot de démagogies, chausse-trappes et désinformations en tous genres. Et l’épisode de la coupure des cables Internet sous-marins intervenu quelques jours avant le week-end pascal en est une excellente illustration. A l’origine, l’arrestation le 27 mars de trois plongeurs par les garde-côtes égyptiens, soupçonnés d’avoir sectionné SeaMeWe-4, un large câble qui part de Marseille pour finir à Singapour, en passant par l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, le Pakistan et l’Inde, le Bangladesh et la Malaisie. SeaMeWe-4 est un des 8 câbles sous-marins qui relient l’Egypte à l’Europe, qui, même s’il ne coupe pas entièrement l’accès à Internet, conditionne fortement la qualité des connexions.

Interrogés, les plongeurs ont affirmé avoir coupé le câble par erreur, alors «qu’ils cherchaient des restes d’épaves au large de la plage d’Alexandrie pour les revendre, et que pendant leurs recherches, ils avaient tenté de prendre le câble, ce qui a provoqué sa rupture».
Cette explication a été aussitôt rejetée par toutes les opinions politiques, laissant à chaque force en présence le soin de développer sa propre interprétation des incidents.

Et pour commencer, celle qui accuse le pouvoir, cible idéale des progressistes et pas franchement un défenseur acharné du droit à l’expression, comme en attestent sa suspension des services Youtube en février dernier ou ses actuels démêlés avec l’humoriste @DrBassemYoussef.
La deuxième incrimine les chiites, syriens et iraniens, soupçonnés de vouloir affaiblir le camp sunnite et son soutien aux rebelles syriens. Elle est volontiers portée par les partisans de l’armée, heureux de tremper la main étrangère et ses connivences avec le Hezbollah dans cette affaire de sabotage, se basant sur le savoir-faire maintenant démontré des forces Pro-Assad dans le sabotage Internet.
Et enfin une dernière, qui accuse directement l’autre grand ennemi de la région, Israel, pour des raisons sûrement inutiles de développer ici.

Morsure de requin ou ancre d’un gros navire, la simple thèse du pur accident aura elle été jugée impossible alors même que c’est ce qui s’était passé en 2008 lors de la précédente grosse coupure entre l’Italie et l’Egypte, qui avait affecté à l’époque, 70% du trafic internet entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Une thèse bien bête et bien plate, qui vraisemblablement n’arrange personne par les temps qui courent.