La terreur Jihadiste et les médias sociaux

Soumettre à la terreur et séduire un maximum de crédules. Tel est le double objectif des fanatiques de l’ISIS (Islamic State of Iraq and The levant- الدولة الإسلامية ), armée de violents hallucinés dont on aurait tort de sous-estimer les capacités de nuisance, directes et indirectes.

Leur théatre des opérations est double : sur place, on égorge, on tire des balles dans la nuque, on procède à des exécutions collectives bestiales et sommaires ; sur le net, on frappe à coups d’images et de slogans, on manie les peurs ; on mobilise et on recrute également, des dizaines et centaines de candidats, au maniement des armes et au Jihad.

Apparue au grand jour il y a 3 ans sur les champs dévastés de la guerre civile syrienne, l’organisation nourrie au salafisme saoudien n’a pas tardé à se développer en s’adonnant à une surenchère de violence et de barbarie rarement égalées. Encouragée par l’intérêt myope de certaines puissances régionales ou mondiales (cf. les déclarations de soutien à ceux qui étaient encore appelés à l’époque, et sans rire, « démocrates » opposants à Bachar Al Assad, et qui ne sont pas sans rappeler des idioties également entendues en Libye, par exemple), ces milices se sont rapidement regroupées et organisées pour revendiquer une légitimité sur les sols irakiens et syriens, à étendre plus tard à d’autres contrées, le cas échéant.

Les Jihad Jo, experts en médias sociaux

Parallèlement aux premières victoires militaires, l’organisation s’est déployée sur la toile à la vitesse de la poudre. A défaut d’être télévisée, la cause est tweetée, capturée en vidéos filtrées à l’hémoglobine et diffusée sur la planète en temps réel. Ces Jihad Jo, constitués en grande partie de jeunes citadins, diplômés et équipés, parfaitement à l’aise avec les codes de la culture occidentale s’improvisent et s’imposent comme des communicants aguerris au maniement du 2.0. Armés de terminaux mobiles, qui sont autant de centres de presse technologiques hyper-sophistiqués, ils inondent la toile de leurs faits d’armes, aussitôt relayés par plusieurs milliers de comptes, des disseminators, au rôle décisif, comme l’a souligné une enquête fouillée du International Centre for the Study of Radicalisation (ICSR) portant sur 8 223 personnes, 15 000 tweets, 1186 hashtags et 1,969 liens.

Les atrocités sont filmées avec force détails, de longues minutes durant, et les vidéos YouTube sont reprises sur Facebook et Twitter, qui ne tarde pas à devenir le vecteur privilégié d’une propagande construite sur une proposition d’ultra-violence soigneusement mise en scène. Des Hashtags sont adoptés comme #calamityWillBeFAllUSou  et permettent une lecture thématique et chronologique des événements. Des comptes vedettes voient le jour et essaiment à l’air libre du réseau hypertextuel. Des biographies express sont érigées en emblèmes d’un désordre nouveau qui guette le monde. Les vues s’additionnent et touchent tous les continents.

A la conquête de fans

6LOxs

L’audience des jihadistes peut d’ailleurs être répartie en deux groupes principaux : si les informations sont diffusées en majeure partie depuis la péninsule arabique et en langue arabe aux fins de terroriser encore un peu plus syriens et irakiens qui n’en demandaient tant, l’objectif stratégique prioritaire reste incontestablement d’infiltrer les terres d’occident, riches en possibilités de recrutement, et notamment de jeunes européens convertis, mal intégrés, en quête du grand frisson et prêts à croire en ISIS pour la succession d’Al Qaida comme puissance alter impérialiste de premier choix. La stratégie éditoriale consiste ici à créer l’illusion terrorisante d’une force émergente, aussi déterminée qu’irrésistible, et de recruter un maximum de volontaires pour venir grossir les rangs d’une organisation aujourd’hui limitée à 15 000 personnes environ, selon les estimations des différents services de renseignements.

L’exécution de James Foley

La présence de plus en plus visible de l’Armée Islamique sur les réseaux et la diffusion des images de populations arabes se faisant massacrer par centaines a continué ainsi quelques mois de façon libre et ouverte sans émouvoir trop de monde, jusqu’à ce que la vidéo de l’exécution du photographe américain, James Foley, ne soit partagée et provoque une violente réaction des journalistes et politiques qui obtiennent le retrait des images quelques heures seulement après leur diffusion.

Non que le phénomène soit nouveau, souvenons-nous de l’égorgement de Nicholas Berg en 2004 ou de l’assassinant de Daniel Pearl en 2003, mais bien parce que – More is different, plus immédiates et plus rapides à se propager, ces vidéos prennent de court les pouvoirs publics qui voient réduites à néant leurs possibilités de contrôle, en même temps qu’ils constatent que les médias sociaux sont en train de radicalement changer la nature de l’affrontement informationnel de ce qu’il a pu être au Vietnam ou lors des dernières guerres du golfe, par exemple.

James-Foley

Une demande est formulée à destination des principaux réseaux qui obtempèrent et acceptent de supprimer les comptes et informations relayant les vidéos de l’exécution. De quoi réduire les effets de façon très temporaire sans en éliminer en rien les causes : L’organisation terroriste réagit aussitôt en rédigeant un document visant à envahir le cyberespace préconisant de recourir à d’autres canaux ou d’aller explorer les vastes possibilités du Darknet, bien connues des jeunes adolescents consommateurs de drogue du monde entier.

En quelques heures, on voit des comptes pousser comme des champignon sur Diaspora, un clone Open Source de Facebook entièrement décentralisé où les données personnelles restent libres et délocalisées, poussant les fondateurs du site à publier rapidement une mise au point les dégageant de toute responsabilité quant à l’utilisation de leurs infrastructures, en même temps qu’elle avoue leur impuissance à contrôler les informations en circulation.

Censurer ou informer ?

On peut se dire que ce remède n’en est pas un. Et ces mesures policières, si elles sont appréciées par quelques élus engagés dans des politiques sécuritaires électoralistes, ne le sont guère des services de renseignement qui peuvent voir se réduire dangereusement une aubaine intarissable d’informations bon marché tombées du ciel. En passant, la position des politiques français et de certains de leurs homologues européens face à ces vidéos et comptes sociaux de l’armée islamique ne déroge d’ailleurs pas au dogme habituel du tout-sécuritaire et à la volonté aussi obsessionnelle que contre-productive de vouloir mettre la toile sous contrôle…

Face à ces menaces, il serait certainement plus avisé de parier sur l’éducation numérique et de mettre en place des actions d’information et de protection contre la propagande Jihadiste. D’aider les internautes à vaincre sur le terrain de l’information des adversaires pas franchement plus experts mais certainement plus libres dans cet exercice.

Ce qui constitue un beau paradoxe si l’on y réfléchit deux minutes.

Lectures d’été

J’ai entamé l’épaisse mais passionnante biographie de William Issacson consacrée à Steve Jobs il y a quelques mois déjà (…)
Disponibilité de temps, engourdissement, curiosité paresseuse, séquelles de mes occupations numériques, besoin de nettoyage par le vide…  Concernant mes lectures, mon présent consiste plus en pioches anarchiques de pages, par ci, par là, puisant à répétition dans des classiques déjà connus par coeur et redécouverts avec des plaisirs toujours intacts, sans risque de médiocrité. Mais la promesse des vacances aidant, je n’ai pas pu renoncer à lester mes valises de quelques projets de lectures, dont voici le détail :

  • Moins épais, L’éloge des frontières de Régis Debray. Son livre le plus inspiré et provocateur de ces dernières années, dont je connais et approuve déjà les thèses, mais que je veux lire, tant j’apprécie la prose enlevée du philosophe. Qualité de plus en plus rare dans la profession.
  • « Nul ne disconviendra que le dopage puisse être une pratique catastrophique, l’arme illusoire des plus faibles, une épingle de nourrice. À travers lui, une planète où tout devrait s’affirmer dans une allégresse contagieuse – l’audace, le courage, la santé – une planète révèle qu’elle possède aussi sa face d’ombre où tout se tait. C’est la face cachée de la Lune, avec ses vallées de la ruse, ses cratères du soupçon, ses mers de la répression. C’est la face cachée de la lutte. » C’est Antoine Blondin, son élégance de style et son emploi d’un style buissonnier bien particulier qui raconte Tours de France: Chroniques intégrales de «L’Équipe», 1954-1982. Blondin, l’enfant captif du 6ème arrondissement qui n’en sortait absolument jamais, exception faite une fois l’an pour le Tour, et qui en l’espace de 20 ans aura réussi à donner à l’épreuve humaine ses plus belles lettres, traquant la beauté derrière l’effort, employant sa plume pour évoquer la force et la tragédie du muscle.
  • Et puis enfin, il me restera, peut-être, juste un peu de place pour une fiction dans mon environnement trop saturé. En espérant que j’arrive à dépasser cette fois les premières pages de Cleer, et que celles-ci vont me redonner les forces d’entamer L’équipée malaise de Jean Echenoz et Mapuche de Caryl Férey- dont j’avais adoré Haka, mais qui traînent depuis trop longtemps sur ma table de chevet.

La Publicité découvre le temps réel (et c’est pas forcément une bonne nouvelle)

Le Super Bowl est pour les américains un événement aussi attendu que la coupe du monde de football pour les reste du monde. Evénement médiatique de choix, il mobilise chaque année plusieurs dizaines de millions de curieux, attirés tant par l’enjeu sportif que pour ses a-côtés spectaculaires, qui vont du show des célébrités invitées pour chaque édition à l’incroyable déferlement publicitaire réservé pour cette occasion.

Pom-Pom Girls, Ballons et Pop Corns

En effet, agences et annonceurs ont pris l’habitude de réserver leurs créations les plus délirantes et les plus coûteuses pour les audiences records du jour J. Autant dire que c’est théoriquement ce qui se fait de mieux et de plus efficace qui est diffusé sur les antennes aux seules fins de capter des consommateurs qui se prennent volontiers au jeu et qui n’hésitent pas à commenter ce qu’ils ont vu ou aimé.

Cette édition 2013 fut dans le ton et on pourra s’en rendre compte ici, où l’on pourra prendre connaissance de l’ensemble des spots diffusés. Mais du côté des nouveautés, c’est l’événement Oreo qui vraisemblablement a marqué les esprits par sa nouveauté et par le buzz provoqué.

Profitant d’une panne d’électricité exceptionnelle qui a plongé une partie du stade dans le noir pendant plusieurs minutes, les créatifs de l’agence 360i n’ont pas tardé à sortir une pub taillée pour le contexte et qui a agi comme un clin d’oeil pour des milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux.

You can still Dunk in the Dark

Le Tweet « Trempez-le dans le noir » s’est répandu comme une trainée de poudre dans la nuit et battu à plate couture les spots les plus élaborés et produits à coups de millions de dollars plusieurs mois à l’avance (le spot se négociant à près de 4 millions de dollars la demi-minute lors du Super Bowl).

Le coût de cette opération Oreo ? Pas grand chose. Une agence, quelques esprits vifs et adroits et côté diffusion, un réseau gratuit fréquenté par une multitude d’individus qui ne demandent pas mieux que de diffuser et commenter ce qu’ils aiment et qui les interpelle.

Faux direct et réalités programmées

Une voie s’est créée.
Une voie dans laquelle ne vont pas manquer de s’engouffrer de nombreuses agences prêtes à imaginer plusieurs scénarios et se distinguer par la subtilité de leur message : On imagine une finale de coupe du monde interrompue par des pluies violentes ou un streaker qui fait irruption sur la pelouse, une transversale qui repousse un penalty de la dernière minutes, un but contre son camp, etc.), .

Et également une voie dans laquelle vont peut-être aussi s’infilter d’autres agences, capables, pourquoi pas, de donner le coup de pouce qui permettra la réalisation programmée de ces événements inattendus.
Bienvenue dans l’ère de la suspicion !

It’s A Geek World

Chanteurs Rock, stars et starlettes du Grand Ecran, artistes, hommes politiques, intellectuels, managers ou sportifs d’exception ont tous rêvé d’immortalité.

Aujourd’hui, les informaticiens, qu’on n’appelle plus que Geeks, se préparent eux aussi à peupler leur panthéon avec leur uniforme de capuche-sandales-pizza.
Certes, l’iconique Zuckerberg n’est plus qu’un Geek à temps partiel dans l’imaginaire collectif et il ne se hasarde sans doute plus beaucoup à programmer durant ses insomnies, – il est désormais surtout regardé comme l’homme au milliard d’amis (c’est quand même plein d’ironie lorsqu’on connaît l’asociabilité prouvée du personnage) ou comme un homme d’affaires gâté par le destin plutôt que comme un génie du clavier.

Mais Aaron Swartz lui est un authentique geek. Un vrai. Un dur et pur. Un anti-Zuckerberg.

Son décès, le 11 janvier, a résonné lourdement dans la communauté des développeurs et nul doute que sa légende va aller grandissant dans les toutes prochaines prochaines années pour toucher un cercle plus important encore que les simples lecteurs de Télérama (sic). Swartz, c’est d’abord un CV incroyable : Inventeur génial du RSS (alors qu’il est à peine âgé de … 14 ans) et du framework web.py puis co-fondateur du site Reddit alors qu’il n’a pas encore 20 ans, Son parcours peut provoquer des crises de jalousie un peu partout à travers le monde. Son intelligence, extrême, également. Aaron ne se contentait pas de pisser du code. Il avait aussi et surtout des idées aussi expertes que tranchées en faveur d’un Internet libre ; très à l’aise avec les mots, il écrivait régulièrement des tribunes avidement commentées et n’hésitait pas depuis son antre du MIT à rappeler au monde ce qu’il leur devait, à lui, et à son mentor et ami du W3C, Sir Berners-Lee, autre légende vivante.

Hacker, activiste, whatever, et homme entier, il n’a pas hésité, comme un Robin des Bois du code, a transgresser plusieurs fois la loi pour la bonne cause avant d’être vulgairement trahi par ses pairs du MIT pour un prélèvement délictuel de millions d’articles scientifiques dans la base de données JSTOR qu’il voulait mettre en libre circulation sur le Web.

C’est là que l’histoire déraille : Une ayatollah du droit américain du nom de Carmen Ortiz, accessoirement épouse d’un cadre haut placé d’IBM, décide de lui rendre la vie infernale et de criminaliser l’affaire. Elle le place sous le coup d’une condamnation à la prison ferme pour de longues années (50 !). Aaron Swartz, de tempérament dépressif, est retrouvé pendu à l’age de 26 ans, CERTAINEMENT poussé à bout par cet incompréhensible zèle qui ressemble à de la haine, et peut-être plus encore par l’indigne trahison du personnel du MIT.

Berners-Lee, Lawrence Lessig, Danah Boyd et des milliers de hackers pleurent Aaron. Un site et un hashtag #PdfTribute continuent son oeuvre de libération des travaux scientifiques où des centaines de liens sont partagés chaque jour par des gens comme vous et moi. Les anonymous attaquent les serveurs, pourtant hyper-protégés, du MIT. Ce MIT, aujourd’hui poursuivi en justice par la famille de Aaron.

L’Amérique, elle, reste fidèle à son génie, et a déjà recyclé la légende de son American Hero.
Dans quelques mois, Hollywood. Sûrement. Evidemment.