Une nouvelle génération de Startups

Alors qu’une saturation d’applis mobiles et une fatigue des Startup par ci, Startup par-là, semblent se conjuguer pour annoncer la fin d’une technophilie aussi généralisée que soudaine, une nouvelle génération d’entrepreneurs travaille à la conception de nouveaux services, d’abord utiles et citoyens, davantage pensés pour répondre aux préoccupations du plus grand nombre.

2017, année éthique

En début d’année dernière, le hashtag #TechforGood apparaissait comme une nouveauté au CES de Las Vegas, comme pour venir corriger les reportages qui se multipliaient pour dénoncer les excès de cupidité et les défauts d’humanité observés dans une grande majorité des Startups à succès les plus médiatisées.

Apparaissaient alors sur le devant de la scène différents produits et annonces dédiés à résoudre certains problèmes clefs de l’humanité : santé, lutte contre le handicap, alimentation durable, énergie plus propre,…

Sous l’étiquette #Techforgood, on retrouvait des solutions digitales conçues en priorité pour construire un monde plus juste et plus durable, dans les secteurs de l’habitat, de la consommation durable, de la justice sociale ou de l’e-santé, par exemple.

Ce hashtag recouvre en réalité une offre de plus en plus conséquente de services plus vertueux écologiquement et moins portés sur le gaspillage, qui ont tous pour point commun une aspiration à construire un monde qui consommerait de façon plus responsable ; des services immédiatement appréciés du public, notamment des jeunes générations, plus friandes d’innovations sociétales que de Blockchain ou de technologies d’automatisation des ventes.

Des services comme Optimiam, qui lutte contre le gaspillage alimentaire, Yumii, une plateforme de mise en relation autour des personnes agées (qui a levé un million d’Euros pour son développement) ou PlumeLab, qui permet de connaître en temps réel les niveaux de pollution (4M€), pour n’en citer que quelques-uns parmi les nombreux lancements effectués avec succès ces deux dernières années et qui confirment une tendance certaine.

Une tendance citoyenne et responsable qui a pris de l’importance et complètement émergé, au point de permettre la construction et l’adaptation de nouveaux modèles par des acteurs institutionnels de premier plan.

Des programmes ET DES STARTUPS

Des programmes ont vu le jour, comme le projet Digital Impact initié par Orange et La Ruche, qui détecte, promeut et soutient les entrepreneurs novateurs à travers un programme d’accompagnement.

La Fabrique Aviva, elle, offre chaque année une aide financière d’1M€ aux idées entrepreneuriales à la fois utiles et innovantes.

Les idées Collaboratives de la MAIF sont régulièrement suivies et commentées par les internautes et reprises par 11 partenaires médias parmi les plus influents.

Outre-Atlantique, dans la Silicon Valley ou sur la côte Est, de nombreux VC spécialisés sont créés autour de cette thématique et lèvent des fonds de plus en importants autour de projets qui correspondent à une nouvelle culture de la consommation portée par une nouvelle génération.

L’apport des nouvelles générations

Une génération décidée à dépasser les impasses économiques, culturelles et symboliques héritées d’un capitalisme à l’ancienne et les contradictions des modèles Startup devenues de plus en plus visibles au fur et à mesure que la Culture Tech californienne, dépouillée de ses racines et valeurs altruistes et libertaires, s’est propagée dans le monde à la vitesse de la fibre optique.

L’arrivée et la structuration de ces nouveaux types d’investisseurs experts, plus concernés par l’impact social de leurs investissements que leurs prédécesseurs, est une excellente nouvelle qui, souhaitons-le, va permettre la généralisation et la maturation de projets technologiques enfin à la hauteur des ambitions du monde humaniste.

Elle devrait permettre la multiplication de Startups plus concernées par l’utilité sociale et plus éthiques ; des Startups d’un nouveau type, tout autant à la recherche de rentabilité qu’intéressées à répandre à travers le monde des services innovants, porteurs de nouvelles formes de citoyenneté et de responsabilité.

L’heure du Big Data

IBM a décidé de frapper un grand coup ce début d’année en annonçant un investissement d’un milliard de dollars sur les deux prochains exercices, et l’installation de 2000 chercheurs et développeurs au coeur de la Silicon Alley à New York.
En donnant un nouvel élan à son projet Newton, IBM a estimé que l’heure du Big Data a sonné et que notre présent technologique est désormais articulé autour de l’analyse automatique de données non structurées et de l’apprentissage automatisé.

Le Big Data et l’Informatique cognitive

Cet événement signe peut-être l’avènement de la troisième ère de l’informatique, une informatique cognitive, annoncée pour prendre la suite de l’informatique de calcul et l’informatique programmable.

On dit habituellement que la question de la richesse des données et de leur exploitation est née au sein du monde académique quand en 2000, Peter Liman et Hal R. Varian, de l’université de Berkeley, ont entrepris de mesurer la quantité d’information produite et stockée dans les médias, notamment numériques. Le rapport How Much Information, publié en 2003 y évoquait la croissance exponentielle des données enregistrées. Des données très variées et toujours en mouvement.

Volume, variété, vitesse

Le concept de Big Data s’est ensuite progressivement forgé autour des 3 V (volume, variété, vitesse) : non seulement les données s’accumulent (l’information accessible au format numérique est passée de 193 petabytes en 1996, l’équivalent de tous les livres jusque-là imprimés par l’Humanité, à 2,7 zetabytes, soit un million de fois plus, en 2012), et à moindres coûts, mais elles proviennent de sources de plus en plus variées, et sont traitées en temps quasi réel.

Une puissance phénoménale qu’on peut voir à l’oeuvre sur les marchés avec l’introduction du Trading à haute fréquence (et ses ravages…) et qui commande désormais de nouvelles stratégies complexes de traitement de données.

Mais si dans la plupart des cas, le Big Data sert surtout à designer de nouvelles technologies informatiques capables de traiter ces données massives, il est également l’objet de débats intenses concernant la transformation économique et sociale induite par ces technologies, voire même une possible et historique rupture épistémologique coïncidant au passage de méthodes hypothético-déductives sur lesquelles s’est édifiée la science moderne à une logique purement inductive, radicalement différente.

Une « Science sans théorie »

Sur cette dernière dimension, c’est l’éditorialiste du magazine Wired, Chris Anderson, qui a formulé l’idée d’une science « sans théorie » : des résultats qui n’ont rien de scientifique et qui restent inexplicables pour l’intelligence humaine anticipent la réalité et permettent des prévisions tant dans le domaine de la santé que dans celui de la sécurité ou du commerce, par exemple… tout en faisant l’impasse sur les théories ou explications rationnelles. Ici, la corrélation remplace le plus souvent la causalité.

La façon dont travaillent les scientifiques aujourd’hui en est déjà profondément affectée. Dans cet article de Wired, l’objectif d’une expérimentation de masse sur le vieillissement des os conduite en Californie, n’est pas de délivrer des preuves scientifiques : la connaissance médicale obtenue à l’issue de cette expérience est le fruit de corrélations statistiques vérifiées à très très grande échelle. Chris Anderson parle de la fin de la théorie ; La connaissance (la science ?) sera de plus en plus amenée à être produite par induction à partir des corrélations extraites de grandes masses de données.

Mais dans l’immédiat et de façon plus pragmatique, les enjeux de compétitivité sont réels. Une étude de McKinsey de mai 2011 en a d’ailleurs vérifié les promesses, tant sur le plan de l’innovation, que de la productivité ou de la concurrence. L’ensemble des secteurs économiques mais également l’administration publique devraient en profiter à très grande échelle alors que nous n’en sommes actuellement qu’aux balbutiements des toutes premières initiatives.

Priorité à la formation

Pour bien se faire, la formation de nouvelles compétences, des « rats de données », est indispensable. Des Data Scientists chargés de permettre aux organisations de « tirer profit de toutes leurs données ». Des profils aguerris aux statistiques également passés maîtres dans l’art de mobiliser leurs capacités analytiques au service d’une anticipation et d’une compréhension parfaite des modèles économiques.

Le « Job le plus sexy du 21ème siècle » comme le désigne la Harvard Business Review est surtout très rare : L’étude McKinsey estimait à entre 140 000 à 190 000 le nombre de professionnels recherchés pour l’analyse des données d’ici à 2018.

Educations technologiques

Les écrans envahissent le monde. Pas un moment, pas un endroit sans qu’une interface ne vienne perturber l’expérience en cours. Les événements sont aussi hachés qu’un film entrelardé de publicités. L’acteur devient spectateur au même moment où le spectateur devient réalisateur. Confusion extrême.

Le remède ? Mettons que cela ne va pas aller en s’arrangeant, vu que M. tout le monde s’est senti devenir Kubrick dés lors qu’on lui a mis une merveille de technologie entre les mains. Interdire ? Stupide, comme toutes les interdictions. La technique est le seul remède à la technique, et il ne reste plus qu’à attendre que de nouvelles inventions, des lentilles connectées, par exemple, qui remplaceront des lunettes connectées jugées encore trop visibles, parviennent à réduire les discontinuités.
Dés lors, un univers parallèle et inconscient qui servira de mémoire permanente et automatisée aura eu raison de ces captures/ruptures qui nous auront légèrement pollué l’existence quelques années durant. Vite.

Histoires pas drones

drone militaire

Drones par ci, drones par là… Pas un jour qui passe sans qu’on ne retrouve dans les pages Économie ou Technologies une évolution dans l’histoire toute récente mais déjà riche de ce qui est présenté comme l’innovation principale de cette décade, au même titre que l’Internet des objets, le Big Data ou les imprimantes 3D.

Les dangers liés à une généralisation de ces armes sont pourtant sérieux et méritent un examen approfondi. En fait, c’est l’annonce des Etats-Unis le 22 février du déploiement de 100 soldats au Niger pour installer et opérer une base de drones de surveillance et de drones armés, utilisés dans la détection et la destruction de bases terroristes au Mali, qui a déplacé une discussion à-priori essentiellement militaire vers un débat plus global, plus ouvert…

Sur le terrain militaire

Cela tient d’abord à la généralisation des drones et à leur redoutable efficacité : ils ont été utilisés plus de 400 fois en quatre ans, avec un taux de « réussite » – fondé sur le nombre de cibles tuées – estimé entre 80 % et 95 %. L’armée de l’air américaine possédait une cinquantaine de drones en 2001 sous la présidence Bush et en dénombre aujourd’hui plus de 8 000 sous la présidence d’Obama ; leur nombre devrait dépasser les 10 000 en 2020. L’armée de l’air US forme aujourd’hui plus d’opérateurs de drones que de pilotes de chasse !

L’administration US a beau assurer qu’elles sont « ordonnées, réfléchies et prudentes« , les dérives éthiques ont pourtant vite fait d’être pointées du doigt. Et ni le droit US, ni le droit international, ne fournissent le cadre juridique nécessaire pour interpréter les abus qui viendront inévitablement à naître. Pas plus qu’ils ne fournissent une réponse satisfaisante à une simple question : quels sont les procédures et critères légaux pouvant autoriser et justifier les attaques de drones armés contre des civils en territoire distant, comme c’est le cas aujourd’hui ?

Sur le terrain civil

Mais son utilisation ne s’arrête pas au terrain militaire. Les drones sont aujourd’hui déjà utilisés dans des domaines civils comme la santé, la sécurité, l’environnement ou le journalisme. Les policiers US adorent, les associations écologistes s’en servent pour inspecter les oléoducs, survoler la calotte glacière ou surveiller les baleiniers, un réseau de drones humanitaires veut se déployer à l’échelle internationale, les usages agricoles vont en se multipliant et les formations fleurissent chaque jour, comme celle-ci spécialement destinée à l’usage des journalistes.

On le voit, le drone se banalise sous l’aspect d’un progrès technologique généralisé mis à la portée de tous pour une efficacité redoutable et à un prix record.
Qui dit mieux ?

Déjà, l’on se pose moins de questions qu’aux premieres opérations au Pakistan ou en Libye où l’on pouvait encore objecter que l’opérateur, loin du théâtre des opérations, pouvait perdre le sens de la réalité du conflit, armé d’un joystick tout-puissant et des interrogations liées au statut du pousse-bouton : technicien, combattant ou vidéo-gamer du type cool tranquillement retranché derrière son écran, pouvant donner la mort sans jamais être en danger ?

La guerre déshumanisée

La guerre devient clinique, propre. Une guerre qui se livre et se gagne sans combats face à un ennemi pauvre, pas capable de se mettre à niveau, condamné à soulever des armes et à mettre en danger sa vie et celle de son armée. Un guerrier qu’on qualifierait vite de terroriste, au visage menaçant surgi des terreurs des boucheries passées. On le voit, le drone sera aussi une arme redoutable lorsqu’il s’agira d’influencer une opinion publique de moins en moins encline à tolérer quelques dommages collatéraux.

L’espoir d’un retour à une éthique de la guerre, dont on peut par ailleurs discuter, viendrait-il de gens influents tel Larry Schmidt, qui avouait redouter le 13 avril dernier dans les colonnes du Guardian que les drones ne tombent dans des mains d’irresponsables et avait aussitôt appelé à ce que les traités internationaux en bannissent l’usage, purement et simplement ?
Pas vraiment. A peine 1 mois plus tard, la branche venture de Google a annoncé investir un capital de 10.7 millions de dollars dans une compagnie nommée Airware.
Celle-ci est spécialisée dans la fabrication de technologies de pilotage automatique pour les drones.

Les navigateurs à l’assaut du temps

Les mutations de l’Internet nous donnent de la peine, à nous, humains. Sitôt adoptés, les usages sont supplantés par de nouveaux algorithmes et innovations marketing et nous envoient subordonner d’illusoires répits à de nouvelles habitudes reléguées à jamais. On a beaucoup parlé de flow, de mouvement aquatique ou meme de surf…sans bien approfondir les conséquences induites par ces condamnations répétées au mouvement à perpétuité.

La fin du Search

La recherche classique via mots-clé est en train de mourir.
Les navigateurs web nous ont longtemps permis d’arpenter les couloirs d’une bibliothèque dont les murs s’éloignaient chaque jour, repoussés par de nouvelles indexations et découvertes. Mais ça, c’était avant. Avant que la quête du temps ne supplante celle de l’espace.

L’introduction des Time Graph et autres possibilites de visualiser en temps réel une quantité spectaculaire de flux d’informations a formé de nouvelles intelligences et donné naissance à une quantite de nouvelles activités. Le web est devenu un livre d’histoire à feuilleter, parcouru  de progressions et conquêtes graduelles d’expériences et de territoires. En passant de la photographie au cinéma, Internet permet depuis peu une clarté d’explication encore jamais connue.

Ce renversement aura duré 20 ans et c’est , disons le, une bonne nouvelle. Dans le nouvel environnement offert par une toile constellée de datas, on assiste au passage d’une économie fondée sur une préservation géree et raisonnée de la rareté (dûe en partie à des contraintes externes, faible débit de transmissions, chereté des acquisitions numériques, difficulté d’accès et de stockage,…) à une utilisation extensive et créative de flux aux possibilités interminables.

De nouvelles applications voient le jour et permettent d’accéder à l’information sous un angle nouveau, désertant les définitions statiques nées de la civilisation de l’imprimé pour aborder les rivages plus modernes du dynamisme et de l’interactivité.

Le Web et les navigateurs sont morts

Les systèmes d’exploitation et les moteurs de recherche actuels vont s’écrouler sous leur obsolescence fonctionnelle, désertés par des individus qui n’ont jamais tenu particulièrement à être amenés vers des sites ou des sources d’information parmi d’autres mais qui sont toujours partis à la recherche de ce qui se fait de meilleur pour trouver « la » bonne réponse, c’est à dire la réponse la plus personnalisée, la mieux contextualisée aux besoins exprimés.

Les « Stream Browsers » arrivent. Et ils sont décidés à aller loin, très loin dans les déluges de données. Bienvenue dans la Cyber sphère.