La Chine, entre Copycat et Innovation

Comme entreprise chinoise, on cite généralement Weixin, Sina Weibo, Tencent et 2 ou 3 autres géants construits avec de forts investissements de départ. Mais avec YY, c’est un tout autre profil de compagnie qui se fait une place dans le paysage chinois qui, décidément, fait tout en mode accéléré.

Fondateur de YY

Fondée à Guangzhou par le rondouillard David Li, YY est une plateforme qui permet à chacun de diffuser ses contenus en streaming sur la toile pour échanger, partager ou enseigner en contrepartie de micro-paiements. Ca ressemble à du Google Hangout mais dans une version plus flexible et personnalisable et qui compterait … 400 millions d’abonnés.

Des millions de vues

YY a permis l’éclosion de Web-Stars que les plus rentables de nos blogueurs peuvent envier avec raison comme cette habitante d’un petit village dont j’ai oublié le nom et qui aura accédé à une richesse et une notoriété fulgurante par le moyen de concerts live diffusés auprès de plus de 20 000 fans contre la bagatelle de 300,000 RMB (soit environ 37 000 €) par mois ; Via YY, des laboratoires pharmaceutiques organisent des réunions commerciales, des professeurs mettent en ligne leurs cours, des bloggueuses modes leurs dernières trouvailles, des cuisiniers les recettes inédites de leur terroir, etc. Bref, le succès de YY est total et son introduction en bourse qui devrait intervenir début 2013 s’annonce déjà comme un succès.

Cette trajectoire est remarquable, rapide et spectaculaire : L’entreprise a été créée en 2005 et son service de plateforme existe depuis moins de 5 ans. Partie à la conquête du monde, il ne serait pas étonnant qu’elle rattrape avant quelques années les meilleures start-up occidentales et qu’elle contribue à tordre définitivement l’idée admise selon laquelle les économies occidentales seraient des économies d’innovation alors que la Chine (et les autres « dragons ») ne seraient que des « Copycats » condamnés à plagier à moindre coût.

Un Ipad à 99$

China 2.0

C’est aller vite et réduire l’économie chinoise à un simple bazar de la contrefaçon et refuser de voir les réelles évolutions opérées au sein de la société et de l’économie chinoises ces dernières années. C’est ne pas admettre que près de Shen Zen, dans le Delta de la Rivière des perles, les sociétés du Shan Zai ont réussi à exploiter leur savoir-faire de copieurs-colleurs pour le mettre au service d’un sens commercial et d’une intelligence de l’innovation certes singulière mais bien réelle. C’est occulter bêtement que l’industrie de la contrefaçon chinoise a réussi à être l’un des moteurs de son industrialisation avant de faire évoluer sa production et sa fabrication vers des produits de mieux en mieux adaptés à la demande, et de qualité maintenant souvent supérieure aux produits originaux.

Les raisons de cette mutation

Cette mutation s’explique pour certains par le passage de la rétro-ingénierie, qui consiste à étudier un objet pour en déterminer le fonctionnement interne ou la méthode de fabrication, à un niveau d’innovation plus élaboré, fondé sur l’innovation incrémentale, plus connue sous le nom de Mashup et très prisée des samplers de l’Internet, qu’ils soient techniciens de l’image, musiciens ou programmeurs. Et ce sont ces mashups rapprochés à un tissu unique composé de 30 000 unités de production rassemblées sur un même site qui auront réussi à créer de la valeur et s’éloigner des bêtes copies et autres piratages des débuts*.

Cette montée en gamme ne s’applique pas qu’aux technologies de l’information et aux petites et moyennes entreprises, et l’on retrouve le même phénomène de mutation dans les industries les plus complexes. Dans le domaine de l’ingénierie spatiale par exemple, le temps des copies des missiles russes de première génération a vécu et la Chine compte aujourd’hui comme un innovateur technologique et un producteur indépendant dans un secteur réputé très difficile, qui sera capable dés 2020 de mettre en place sa première station spatiale.
Et de passer ainsi définitivement du rang de Copycat à celui de leader innovant.

* Lire à ce sujet, l’article de Strategy Business qui détaille de façon très intelligente cette profonde mutation.

La victoire à la Pyrrhus d’Apple

La guerre des brevets

La condamnation de Samsung par un jury populaire de Californie peut ressembler à une victoire pour Apple. Elle ressemblerait fort dans ce cas à une victoire à la Pyrrhus, annonciatrice de violents revers à venir pour la firme américaine et de profonds bouleversements dans le secteur des Télécoms.

Apple a été en effet à la fois naïf, prétentieux et cupide en voulant attaquer les coréens et s’est peut-être laissé enfermer dans une trop défensive logique de protection en oubliant que par définition une innovation appelle à être copiée puis dépassée.
Et l’avenir nous dira à quel point la marque à la pomme a eu tort de se mettre dans une position de l’assiégé plutôt que de continuer à travailler chaque jour à travailler davantage son avance sur ses concurrents.

Samsung a certes été condamné à payer la bagatelle d’un milliard de dollars mais les conséquences financières et industrielles d’une éventuelle interdiction de territoire américain restent assez limitées pour un groupe qui dispose d’importantes ressources pour surmonter cette mésaventure alors que les représailles risquent d’être difficiles pour la firme de Cupertino. Un tiers des composants des appareils d’Apple sont en effet fabriqués par Samsung, à commencer par les écrans Rétina largement moins chers que ceux fabriqués par LG et dont les experts sont tous d’accord pour juger périlleuse la suspension des ventes (10 milliards en 2012).

Mais c’est surtout la puissante Galaxie Google (qui comporte outre Google lui-même, le taiwanais HTC, le sud-coréen LG et le japonais Sony qui ont tous opté pour Androïd) qui risque de se coaliser contre la marque à la pomme, tant l’attaque contre Samsung ressemble fort à la « guerre thermonucléaire » imaginée par Steve Jobs pour contrer son principal rival.

On le voit, il n’est pas du tout sur qu’Apple ait réussi à en* le monde avec cette discutable décision de justice. Ca serait même tout le contraire qui serait en train de se jouer.

Le Body Hacking, un phénomène nouveau

Body Hacking : Démarche volontaire visant à la transformation du corps humain, notamment « en lui enjoignant des composants artificiels dans le but de transformer son comportement naturel ». Ou quand des pans entiers de science-fiction commencent à devenir une réalité pas forcément sous contrôle.

Body Hacking

L’apparition d’objets technologiques dans les corps vivants n’est pas une révolution. Prothèses auditives, implants mammaires, lunettes et plasties ligamentaires font partie du quotidien de millions de personnes depuis belle lurette. Ce qui est nouveau c’est l’introduction d’une Culture du Hacking. Le Hacker étant à l’origine un terme réservé aux bidouilleurs de l’informatique habitués à aller fouiller dans le code ou le matériel pour en comprendre les fonctionnements profonds et les modifier dans un sens qui convient mieux à leur utilisation propre.
Le Body Hacking étend cette culture au corps humain. Et il se démarque des pratiques ancestrales par le souci d’utiliser la technique pour des changements fonctionnels et pas esthétiques.

On accourt sur Body Modification Ezine ou Feeling Waves pour s’échanger des trucs et astuces techno à s’implanter dans la peau, et notamment des implants électromagnétiques qui font un malheur. Des initiatives commerciales plus ou moins honnêtes voient le jour : Les idées d’interfaces hommes-machines et de produits destinés au grand public se multiplient. Certains casques audios se proposent de lire les états mentaux alors que d’autres permettent de « décoder les influx électriques du cerveau » ; Des appareils sont couplés à des applications mobiles ou services en ligne ouverts à tout le monde, sans médecins, sans cliniques et bien sûr sans trop de notions de Droit clairement applicables.

Body hacking : Pirater son corps et redéfinir l’’humain de Cyril Fiévet
Bienvenue en transhumanie : Sur l’homme de demain, de Geneviève Férone et Jean-Didier Vincent
Semailles humaines, de James Blish
et le très complet article paru dans The Verge : Cyborg America: inside the strange new world of basement body hackers 

L’homme de demain

Homme augmenté

Un double amputé des jambes, Oscar Pistorius, a été désigné par l’Afrique du Sud pour courir le 4x400m aux prochains jeux olympiques de Londres. Dans les épreuves paralympiques mais aussi et surtout en épreuve olympique officielle qu’on pourra suivre en direct à la télévision pour admirer tout à la fois sa foulée et sa prothèse en fibre de carbone.

Au même moment, le CIO qui ne veut plus d’une affaire Caster Semenya, va demander aux athlètes féminines de prouver qu’elles sont bien des… femmes, et met en place des tests de testostérone.

L’homme augmenté n’est plus loin ; les transhumanistes entrevoient un peu plus le dépassement de l’espèce humaine et les body hackers, professionnels ou amateurs, puisent ce qu’ils peuvent dans les nanothechnologies et biotechnologies, les technologies du cerveau, de l’information et de la communication pour le meilleur et pour le pire.

Alors que ceux-ci se rêvent en nouveaux Prométhée, ceux-là redoutent le retour d’Hybris.

Stratégie et Crowdsourcing

L'éléphant d'Al Rumi

Un certain nombre d’entreprises pionnières adoptent le Crowdsourcing pour élaborer leur stratégie d’entreprise et ouvrent leurs réflexions à des partenaires divers.
Encore minoritaire mais appréciée très positivement, cette tendance est appelée à se développer.

Des entreprises liées à l’informatique (HCL Technologies, RedHat) mais également des assureurs (AEGON) ou des grands groupes multi-activités (3M) ont abordé avec succès le virage participatif des années 2000.
Elles en ont retiré une amélioration de la qualité de leur stratégie en la rendant plus opérationnelle en même temps qu’elles ont suscité de larges adhésions en interne.
De quoi justifier l’intérêt que beaucoup ont déjà porté à ces innovations…

Un récent rapport de McKinsey basé sur ces récentes expériences en tire un bilan globalement positif en évoquant notamment les points suivants :

  • Engager des milliers de personnes dans les processus de réflexion entraîne un puissant bouleversement positif au sein des organisations.
    Une meilleure compréhension des stratégies initiées et une plus grande motivation à les mettre en oeuvre sont le résultat direct des consultations partagées dans les groupes.
    Cela augmente également les chances de déceler très tôt différentes menaces et opportunités et permet la mise en place d’ajustements rapides.
  • Les cadres intermédiaires jouent un rôle essentiel dans le succès de ces opérations.
    C’est à eux que revient le soin de matérialiser et faire fonctionner, jour après jour, la stratégie de leur entreprise.
  • La notion de leadership stratégique va continuer d’évoluer.
    Impulsée par les principes observés depuis le boom des réseaux sociaux (transparence,évaluation par les pairs, égalitarisme,…), la définition du leadership stratégique a évolué pour faire des leaders des « architectes sociaux », toujours responsables pour réaliser les synthèses ou arbitrer mais également tenus de faire une place à la conduite d’échanges plus empathiques où la voix de tout le monde se doit d’être entendue si ce n’est prise en compte.
    Les boutons « J’aime » et la multiplication des votes et sondages ont été adoptés un peu partout pour permettre aux participants d’exprimer leurs idées et humeurs sans trop s’exposer.
    De façon plus évoluée, les marchés prédictifs et le Swarming sont des exemples de nouveaux outils adoptés par les organisations sensibilisées à une culture du partage héritée des réseaux sociaux.

Encore minoritaires, ces méthodes sont prometteuses et laissent une large place à l’imagination de nouvelles voies de dialogue capables de stimuler les alignements organisationnels.

Elles attendent également un peu de courage de la part de ceux qui seront les leaders stratégiques de demain.

Garder une technologie d’avance

L’introduction de la machine à laver dans les foyers, le passage de la télévision N&B à la TV HD à x millions de couleurs, sont des avancées fortes qui ont donné naissance à des évolutions définitives dans les comportements : Les progrès technologiques signifient des évolutions qui interdisent de facto toute possibilité de réversibilité.

Mais l’innovation est aussi et surtout une culture du détail, qui ne supporte ni les retards ni les absences.

Et si beaucoup de personnes s’irritent de ne pas trouver de prise électrique ou de réseau wifi dans un TGV, cela procède d’un certain ordre logique propre à la vie moderne.
Une logique qui exige que la technique précède les usages partout et tout le temps, dans chaque situation et à chaque endroit.