2012, l’année de la …

2011 est mort, vive 2012 ! Cette année riche et souvent passionnante, dés à présent loin dans les rétroviseurs,  l’on se met déjà à penser au cru 2012, que l’on voit prometteur, qu’on espère fructueux et qu’on attend aussi grisant que l’année écoulée.

Si l’on se réfère à Brian Solis, expert des nouveaux médias, 2012 sera une année charnière pour le Social Marketing qui devrait être expérimenté par un maximum d’entreprises avant d’être définitivement développé en 2013, si toutefois financièrement ça allait mieux (raison avancée par 47% des sondés).

Pas certain, selon Georges Colony, CEO de Forrester de passage à Paris pour LeWeb (Voir Vidéo), qui voit plutôt une fatigue des réseaux menacer du côté des consommateurs alors même que les possibilités sociales pour les entreprises devraient exploser, et qui va jusqu’à prédire la fin du web tel que nous le connaissons au profit d’applications poussées comme des champignons.

De façon plus générale, JWT tente dix prédictions qui voient le marketing frugal (pour ne pas dire « discount ») se généraliser, la consommation raisonnable et un minimum d’hédonisme gagner du terrain sur les trop stricts régimes, le mariage se ringardiser, la notion de vieillesse se redessiner à la faveur des évolutions démographiques, médicales et technologiques, et un maximum d’écrans venir s’incruster dans nos actions de tous les jours.

Une vision corroborée sur certains points par trendwatching.com qui parie également sur les nouveaux services de luxe formatés pour les milliardaires d’Asie, l’auto-prise en charge de sa santé par le biais des technologies, la généralisation du recyclage écologique, l’apparition des nouveaux moyens mobiles de paiement, le partage et l’exploitation de flux d’informations personnelles, ainsi que l’essaimage de nouvelles influences nées de tendances d’abord observées sur les marchés émergents.

Une seule prédiction est donc certaine, 2012 sera … imprévisible.
Car l’homme d’esprit le sait : il faut toujours faire confiance aux événements – ils ne manquent jamais de se produire -.

L’infobésité : Fantasmes et réalités

Migraines de fin de journée, invasions quotidiennes de spams et longues errances sur la toile ont vite fait d’accuser l’information d’être disponible en trop grande quantité : L’infobésité (pas encore dans le Robert) est mère de tous les maux et première responsable de pertes d’attention ou d’incapacité à rester concentré suffisamment longtemps pour permettre la réflexion. La certitude d’être au contact d’informations capitales au prochain clic provoquerait même le délaissement des dîners de famille en face de la télévision ou d’assommantes lectures nocturnes destinées à écraser les insomnies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces impressions sont régulièrement renforcées par des panoplies de chiffres très explicites quant à une overdose d’information disponible au risque d’engendrer une confusion non seulement fausse mais également dangereuse.

En effet, si tout le monde est d’accord pour dire que l’information n’a jamais été aussi abondante, rien ne permet d’affirmer qu’il y en ait trop.

En se focalisant sur l’objectivité des chiffres relatifs à l’explosion des informations disponibles – c’est-à-dire stockées quelque part sur des serveurs, les experts commettent plusieurs imprudences dont celles-ci :

  • Pour être réelle, l’ampleur de la progression de la quantité d’information disponible n’en est pas moins contestable. Les millions et zillions de bytes annoncés sont spectaculaires mais veulent dire un peu tout et n’importe quoi. Ainsi, une très grande part de l’explosion des chiffres s’explique par la simple conversion des fichiers Vidéo et Photo au format HD, multipliant d’un coup et artificiellement les chiffres par plusieurs dizaines.
  • Nombre d’informations sont relayées à l’identique ou à peine modifiées, des milliers de fois, et sont néanmoins comptabilisées à chaque fois comme si elles étaient uniques. La redondance est difficilement identifiable et les indicateurs actuels n’en tiennent aucunement compte.
  • D’autres études spécifiques loin de laisser penser que l’homme moderne subirait une indigestion d’informations, démontrent qu’au contraire, chaque information unique est lue ou visualisée par un nombre moins important de personnes qu’auparavant.
  • L’essentiel de la production et de la consommation d’informations regarde une ultra minorité de personnes sur le Web. Ce n’est absolument pas tout le monde qui avale l’équivalent de 6 quotidiens par jour.

 

En résumé, l’omniprésence d’un seul indicateur imparfait, le byte de données, devrait inciter à plus de prudence et empêcher de livrer des conclusions trop hâtives sur le bombardement supposé de nos esprits. En n’acceptant pas la nuance, en mettant par exemple sur le même plan l’utilité de l’information pouvant être contenue dans 1 demi-méga de fichier texte et celle contenue dans un demi-Giga de video-clip, l’essentiel des études ne démontre qu’une seule chose : Le commerce des serveurs de données se porte très bien et cela devrait continuer un bon moment, pour s’envoler au-delà même des 5% d’éléctricité actuellement consommés dans les seuls Etats-Unis.

Ma conviction est que les discours sur un excès de l’offre ne doivent pas se développer car ils sont loin d’être innocents et peuvent même être considérés comme dangereux. Le sentiment d’impuissance manifesté parfois face au « déluge de données » s’explique plus par le manque d’aptitude et l’impréparation de nos cerveaux à recevoir et à gérer des informations transitées par de nouveaux médias que par un excès de l’offre. Cet excès supposé est d’ailleurs une antienne aussi vieille que le concept même d’information, et elle est par exemple très bien analysée par Eco dans Le Nom de la Rose, génial roman mettant en scène des moines obscurantistes qui voient la connaissance comme un péril et la bibliothèque comme un terrain de conflit.

Aujourd’hui plus que jamais, notre effort doit se porter sur la connaissance des médias et sur le développement des nouvelles formes d’apprentissage pour les enfants et pour l’ensemble des générations, qui ont toutes soif d’aborder le maximum d’informations avec le maximum d’utilité.
Il est en effet temps de s’éloigner de l’origine latine d’informer, informare, donner forme : tout le défi de la société de l’information réside dans le fait de savoir utiliser l’information et non plus d’être utilisé par elle.

De Frontpage à la Curation : l’histoire du Web continue de s’écrire

Paper.li, Scoop.it, Flipboard et Storify sont les nouvelles plateformes vedettes du Web. Pratiques et attendues par les internautes, elles inventent un mot, la curation, et remettent en cause les principes de domination des médias traditionnels les plus conservateurs.

Au début du web, l’équation était assez simple à comprendre, pas trop éloignée de ce qui pouvait se faire dans le pré-numérique : Il y avait d’un côté une minorité, les producteurs de contenus, qui mettaient en ligne du texte, beaucoup, de la photo, assez, et quelques vidéos et animations, et de l’autre, une majorité, encore peu nombreuse, de possesseurs de modems capables de trouver et de lire ces contenus. Et si d’aventure on en venait à trouver un contenu un peu moins médiocre que les autres, c’était un clic droit et l’on envoyait tout ça dans un dossier soigneusement nommé et rangé.

Puis très vite, parallèlement à l’apparition des lignes haut débit, les technologies numériques et logicielles vinrent à se développer et transformer progressivement les usages. Des blogs et des sites spécialisés commencèrent peu à peu à voir le jour et accueillir le meilleur et le pire des captures photographiques et vidéo, qui devenaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que les appareils baissaient en prix et augmentaient en qualité.
Les plateformes comme MySpace et Skyblog ressemblaient à des bazars sans nom, cacophoniques et peu attirantes nonobstant leur phénoménal succès. C’est à cette époque que Google pouvait commençait à triompher en devenant l’arme indispensable pour répertorier, indexer et retrouver tel groupe de musique super cool ou telle collectionneuse de tickets de ciné et adepte de l’introspection photographique.

 

Le web, un tonneau de Danaïdes

Puis vint Facebook, certes plus sobre mais qui très vite allait s’avérer être comme le reste de l’Internet du nouveau siècle, un tonneau de Danaïdes où des tonnes de photos et des millions de vidéos peuvent se partager sur le site chaque jour et s’ajouter aux 3000 twitts/seconde ou aux 24 heures de vidéo uploadées sur YouTube pour chaque minute écoulée.

Les nouvelles pratiques de partage de morceaux de musique, de vidéos, de photos, de statuts sur sa forme du lundi matin ou de ses résolutions pour le week-end, auront achevé de rendre le monde infobèse.
L’information déborde et il n’est plus un sujet ou une thématique qui ne propose du contenu à lire pour des générations et générations d’internautes un peu pris au dépourvu.
Google ne fonctionnant plus aussi bien – il n’est pas rare désormais qu’on ne trouve rien de pertinent sur un sujet sur les 3 premières pages, et ne proposant pas réellement une hiérarchie qualitative et intelligente des résultats proposés, de nouveaux moyens algorithmiques et humains voient aujourd’hui le jour, comme Pearltrees, Scoopt.it, Storify ou encore FlipBoard pour les tablettes.

Les atomes et les molécules de l’information

Ces outils, dits de Curation, proposent de réduire le bruit inutile et polluant contenu dans les masses d’informations, et offrent aux internautes et aux marques la possibilité d’agréger les informations éparpillées sur différents médias et différentes plateformes afin de les organiser, éditorialiser et partager. Chaque internaute peut désormais se transformer en Curator, capable d’organiser les salles de ses univers virtuels ou de participer à des travaux collectifs de collecte et de partage d’informations, sur un sujet ou un autre.

Parmi les nombreuses questions que peut soulever l’apparition de ces nouvelles plateformes et techniques de traitement des informations, il en est une qui concerne particulièrement les médias et producteurs de contenus qui ne cessent de s’interroger sur le caractère menaçant ou opportun que peuvent représenter ces nouvelles évolutions.
En réalité, ils ne réalisent que trop tard que l’appropriation de l’agrégation des contenus par les internautes se situe au coeur même des profondes modifications introduites par le numérique.
Prenons l’exemple de l’industrie du disque et observons que les pratiques de téléchargement sont venues fortement bousculer les habitudes d’agrégation imposées par les labels sans que ceux-ci s’en rendent compte puisqu’ils ont longtemps continué et continuent encore de proposer des « albums » (le mot employé est parlant) dont le format répond surtout à une nécessité de compléter les 3 ou 4 hits voulus par le public par des titres de moindre importance mais capables de justifier l’achat d’un LP, nécessairement plus cher.
Prenons également l’exemple d’un quotidien de presse. N’est-ce pas là aussi une agrégation forcée de contenus proposée au lecteur ? Les mots-croisés, les cotes boursières et le Sudoku sont-ils appréciés de la même manière ? J’achète un journal mais est-ce que pour autant je « consomme » l’intégralité de celui-ci ? Suis-je tenu de lire le courrier des lecteurs du Figaro lorsque je parcours ses pages d’actualité internationale ?

Curation horizontale Vs. Curation verticale
Le coeur du problème peut s’énoncer ainsi : Débarrassés des contraintes liées aux coûts de reproduction des supports, les individus ne font que substituer une logique de curation verticale à une curation horizontale.
Ils décident des contenus de leur journal après avoir longtemps acheté des journaux qui décidaient leur contenu pour eux. Et deviennent ainsi libres de rassembler tous les bons papiers, commentaires et vidéos relatifs à la révolution en Egypte, de les partager, mettre à jour et en débattre avec d’autres passionnés de géopolitique en ayant la liberté de laisser de côté les récents et honorifiques succès des handballeurs.

A condition de reconnaître ces évolutions et de décider de les accompagner plutôt que de les combattre, les médias peuvent encore en retirer quelques substantiels avantages, par exemple par la monétisation d’espaces publicitaires ultra-ciblés, mais pas seulement. Ils peuvent également, comme le fait avec succès le Huffington Post, décider d’être aussi les meilleurs dans ce domaine et d’envisager à nouveau le travail journalistique comme un travail de veille, de tri, d’analyse, de sélection et de partage au service du lecteur. De curation, en somme.

Consommation et consommateurs en 2011

Comme chaque année à cette période, une quantité de bilans et d’études prospectives, plus ou moins sérieuses et crédibles, est publiée.

Parmi les plus intéressantes, je ne manque jamais de me reporter aux tendances de consommation de Trendwatching, que je considère comme une bonne base pour stimuler et orienter les réflexions créatives.

Et sur les 11 tendances dégagées pour cette édition 2011 et dont je recommande vivement la lecture, j’en ai retenu 5 en particulier, certes pas trop révolutionnaires mais qui illustrent à mes yeux des mouvements de fond partis pour s’installer dans la durée :

Le Marketing de bienveillance

On a tellement dit aux marques qu’elles devaient surtout prêter l’oreille à ce qui se disait et s’échangeait sur les réseaux sociaux, qu’elles devaient développer une attention constante et bienveillante à destination de leurs clients ou possibles futurs clients, que ça a fini par arriver.

Aujourd’hui, et à condition d’être suffisamment réactives, les marques tracent les statuts facebook ou les twitts d’utilisateurs excédés et frustrés par les services et produits proposés par la concurrence (une mauvaise connexion wifi chez McDo, un livreur exagérément en retard) pour se faire bien voir…

Cette attitude empathique devrait s’accélérer en 2011 où l’on va voir se généraliser les attentions et gestes capables de créer la surprise et faire la différence dans l’esprit des individus.

La stratégie de prix différenciés

Le développement de réseaux alternatifs ( qui peuvent aussi parfois prendre la forme d’un simple groupe privé sur Facebook ), la possibilité technologique de comparer les prix par un rapide scan de code-barre sur son smartphone et la nouvelle popularité des coupons et offres exceptionnelles, font qu’on ne s’étonnera plus de voir des prix différents s’afficher selon le profil de l’acheteur, sa localisation ou l’intensité de l’utilité qu’il est censé accorder à un produit en particulier.

Le succès actuel de Groupon vient d’ailleurs prouver qu’acheter bon marché est surtout devenu synonyme de bien acheter.

Le « Made for BRIC »

L’émergence et la croissance prometteuse de marchés intérieurs de tailles encore jamais vues en Chine, Inde, Brésil, Russie et autres pays gagnants de la mondialisation, n’allait pas laisser longtemps insensibles les grandes marques, qui ont compris tout l’intérêt qu’elles pouvaient retirer de cette redistribution des cartes sur la plannisphère de la consommation.

Dior, Hermès (via Shang Xia), Chloé ou encore BMW sont déjà fortement engagées dans une stratégie de développement de produits spécifiques ou adaptés à ces nouveaux marchés.

Les social-listes

Après les moteurs de recherche, les listes de nouveautés et de meilleures ventes, un grand nombre d’achats se fait à la suite d’une visite sur la page d’un ami ou d’un anonyme qui conseille tel ou tel autre produit. Et aujourd’hui et de plus en plus, les gens disent qu’ils aiment ou détestent, classent, commentent, s’abonnent, enrichissent, recommandent, ce qu’il ont vu, lu ou entendu, sur la toile ou ailleurs.
Twitter, Flickr ou Facebook mais également de nouvelles plateformes de curation pas purement algorithmiques et fondées sur des avis humains comme Pearltrees, Curated.by, Scoop.it, Amplify ou senscritique.com voient le jour.
Pour le plus grand bonheur des marques. Ou leur plus grand malheur.

L’Eco-supériorité

La prise de conscience de la limitation des ressources naturelles a donné un nouvel élan aux comportements écologiques. Las, les produits verts sont souvent jugés soit trop chers, soit de qualité nettement insuffisante, pour satisfaire le confort d’une majorité de personnes pourtant prête à bien faire.

Cela ne devrait plus trop être le cas.

La tentation du simple Green Washing tendant à s’effacer au profit d’une volonté stratégique de promouvoir de nouveaux produits moins consommateurs d’énergie, plus respectueux de l’environnement et conformes à la multitude de nouvelles normes, font que désormais les meilleures équipes de conception seront chargées de développer les produits les plus verts et que l’écologique ne se fera plus forcément au détriment de la qualité.

La logique de l’accès

Pas franchement nouveau comme concept puisqu’il date d’au moins 2000 ( Cf. Jeremy Rifkin, L’âge de l’accès). Avec l’essor des nuages de données notamment, la tendance devrait se confirmer en 2011, où les marchés devraient de plus en plus laisser la place aux réseaux, les biens aux services, les vendeurs aux prestataires, et les acheteurs aux utilisateurs.

Illustrée par les exemples de l’Autolib ou de la vidéo à la demande sur sa tv, cette nouvelle façon de consommer signifie que chacun devra dorénavant se « connecter » pour accéder aux loisirs, aux transports, à l’éducation ou même à ses propres données.

11 crucial consumer trends for 2011 (Trendwatching.com)