Histoires pas drones

drone militaire

Drones par ci, drones par là… Pas un jour qui passe sans qu’on ne retrouve dans les pages Économie ou Technologies une évolution dans l’histoire toute récente mais déjà riche de ce qui est présenté comme l’innovation principale de cette décade, au même titre que l’Internet des objets, le Big Data ou les imprimantes 3D.

Les dangers liés à une généralisation de ces armes sont pourtant sérieux et méritent un examen approfondi. En fait, c’est l’annonce des Etats-Unis le 22 février du déploiement de 100 soldats au Niger pour installer et opérer une base de drones de surveillance et de drones armés, utilisés dans la détection et la destruction de bases terroristes au Mali, qui a déplacé une discussion à-priori essentiellement militaire vers un débat plus global, plus ouvert…

Sur le terrain militaire

Cela tient d’abord à la généralisation des drones et à leur redoutable efficacité : ils ont été utilisés plus de 400 fois en quatre ans, avec un taux de « réussite » – fondé sur le nombre de cibles tuées – estimé entre 80 % et 95 %. L’armée de l’air américaine possédait une cinquantaine de drones en 2001 sous la présidence Bush et en dénombre aujourd’hui plus de 8 000 sous la présidence d’Obama ; leur nombre devrait dépasser les 10 000 en 2020. L’armée de l’air US forme aujourd’hui plus d’opérateurs de drones que de pilotes de chasse !

L’administration US a beau assurer qu’elles sont « ordonnées, réfléchies et prudentes« , les dérives éthiques ont pourtant vite fait d’être pointées du doigt. Et ni le droit US, ni le droit international, ne fournissent le cadre juridique nécessaire pour interpréter les abus qui viendront inévitablement à naître. Pas plus qu’ils ne fournissent une réponse satisfaisante à une simple question : quels sont les procédures et critères légaux pouvant autoriser et justifier les attaques de drones armés contre des civils en territoire distant, comme c’est le cas aujourd’hui ?

Sur le terrain civil

Mais son utilisation ne s’arrête pas au terrain militaire. Les drones sont aujourd’hui déjà utilisés dans des domaines civils comme la santé, la sécurité, l’environnement ou le journalisme. Les policiers US adorent, les associations écologistes s’en servent pour inspecter les oléoducs, survoler la calotte glacière ou surveiller les baleiniers, un réseau de drones humanitaires veut se déployer à l’échelle internationale, les usages agricoles vont en se multipliant et les formations fleurissent chaque jour, comme celle-ci spécialement destinée à l’usage des journalistes.

On le voit, le drone se banalise sous l’aspect d’un progrès technologique généralisé mis à la portée de tous pour une efficacité redoutable et à un prix record.
Qui dit mieux ?

Déjà, l’on se pose moins de questions qu’aux premieres opérations au Pakistan ou en Libye où l’on pouvait encore objecter que l’opérateur, loin du théâtre des opérations, pouvait perdre le sens de la réalité du conflit, armé d’un joystick tout-puissant et des interrogations liées au statut du pousse-bouton : technicien, combattant ou vidéo-gamer du type cool tranquillement retranché derrière son écran, pouvant donner la mort sans jamais être en danger ?

La guerre déshumanisée

La guerre devient clinique, propre. Une guerre qui se livre et se gagne sans combats face à un ennemi pauvre, pas capable de se mettre à niveau, condamné à soulever des armes et à mettre en danger sa vie et celle de son armée. Un guerrier qu’on qualifierait vite de terroriste, au visage menaçant surgi des terreurs des boucheries passées. On le voit, le drone sera aussi une arme redoutable lorsqu’il s’agira d’influencer une opinion publique de moins en moins encline à tolérer quelques dommages collatéraux.

L’espoir d’un retour à une éthique de la guerre, dont on peut par ailleurs discuter, viendrait-il de gens influents tel Larry Schmidt, qui avouait redouter le 13 avril dernier dans les colonnes du Guardian que les drones ne tombent dans des mains d’irresponsables et avait aussitôt appelé à ce que les traités internationaux en bannissent l’usage, purement et simplement ?
Pas vraiment. A peine 1 mois plus tard, la branche venture de Google a annoncé investir un capital de 10.7 millions de dollars dans une compagnie nommée Airware.
Celle-ci est spécialisée dans la fabrication de technologies de pilotage automatique pour les drones.

Décembre 2012 : Liens recommandés

Google profite de l’idiotie européenne en toute légalité : Le très antipathique Eric Schmidt n’en était pas à sa première énormité en déclarant en début de mois qu’il était très fier de pouvoir échapper au fisc, poussant même le bouchon jusqu’à y voir quelque part tout le génie du capitalisme… Franchise brutale ou cynisme malveillant ce n’est, hélas, que la triste et assumée confirmation d’une vérité que nous adorons ignorer : Google nous prend pour des cons. Ce que nous sommes majoritairement.

Et si en plus Ray Kurzweil rejoint les équipes de Google, ça devrait motiver 2 fois plus de méfiance ou au moins d’attention de la part de médias, une nouvelle fois passifs devant l’importance d’une telle annonce. Ray Kurzweil est un transhumaniste connu pour être l’inventeur du concept de singularité technologique. Agé de 64 ans, il est ingénieur en informatique de formation, et prédit depuis des années qu’aux alentours de 2045, nous allons connaître une croissance technologique que nous ne pourrons pas contrôler et qu’au delà de cette date, le progrès ne serait plus l’œuvre que de l’intelligence artificielle. 

How the Web is changing Education : Comment une myopie certaine face aux bouleversements économiques menace les vieilles Sorbonnes, beaucoup trop sûres d’elles par des temps pourtant très agités.

Most Contagious 2012 Report : Une synthèse intelligente des tendances et événements qui ont marqué l’année 2012 et par conséquent, l’occasion de revoir, confirmer ou infléchir ses attentes par rapport à 2013. De très utiles ‘insights’ inside.

And last but not least, le Lévy Farceur qui cette année ne parle pas chinois mais s’amuse comme un enfant pour ses voeux vidéos.

Quelques heures avec Google+

Il y a deux jours, Google a rendu accessible Google+. Pas encore tout à fait publique, la plateforme sociale destinée à concurrencer Facebook, LinkedIn et à un degré moindre Twitter, a monopolisé l’attention de l’élite des médiaphiles et autres nerds. Sans convaincre totalement.

 

 

Sans s’attarder sur la curieuse façon dont les invitations sont gérées, ouvertes, fermées, puis ouvertes, puis à nouveau fermées, l’introduction de cette plateforme suscite d’ores et déjà polémiques et spéculations quant à sa promotion et à sa pérennité.
Curieuse en effet, la façon dont Google lance ses nouveautés : Sans être apparemment trop gênée par les flops de Wave, Buzz ou même +1, la firme de Mountain View continue d’accumuler les maladresses de lancement à hauteur proportionnelle des phénoménaux buzz générés à chaque occasion ; Les heureux invités sont à chaque fois nombreux à demeurer sceptiques devant leur écran, ne comprenant pas trop ce qui leur est proposé, visionnant quelques vidéos proposées avant de renoncer en ponctuant d’un grand « J’y comprends rien » et de cliquer vers Facebook ou Twitter.

Trop difficiles les produits Google ?
Pas vraiment, ils apportent certes à chaque fois quelques désorientations dues aux nouveautés introduites mais passées les quelques premières minutes de normal dépaysement, leur utilisation s’avère rapidement intuitive et plutôt pas mal pensée ergonomiquement.
Il se pourrait certes que le minimalisme caractéristique de la marque paraisse hermétique pour bon nombre de personnes mais il est vite apprivoisé et constitue un atout indéniable face aux concurrents qui souvent piquent les yeux faute d’encombrement et de bon goût…
Il reste que la première impression laisse un trop grand goût d’inachevé et n’atteint objectivement pas des objectifs de Wow Effect à la hauteur du travail produit par les ingénieurs de Google.
Pourquoi est-ce que des idées aussi (simples et) géniales que des cercles d’amis, qui consiste à gérer de façon optimale ses communications en fonction de la qualité de ses interlocuteurs, amis, famille, travail ou connaissances, ou des sparks, les fils d’information accessibles par mot-clé, sont aussi mal présentées et aussi peu séduisantes dans les premières minutes qu’elles peuvent être prometteuses pour le reste de l’éternité ?

La réponse réside sûrement dans une affreuse Go-To-Market Strategy qui une nouvelle fois confond vitesse et précipitation et ne prend pas suffisamment de temps pour tester et rectifier ses produits en situation réelle avant de les lancer à l’assaut du monde.
Comme pour confirmer cette thèse, Google a en effet sorti en même temps que Google+, d’autres produits passés plus inaperçus :
Google Swiffy
Google What Do You Love
en même temps qu’il revoyait le graphisme de toutes ses applications, depuis le moteur de recherche jusqu’à Places, en passant par Gmail, Reader, etc.

Pourquoi un tel empressement ? Pourquoi saboter ainsi le fruit de plusieurs mois de développement produit?
Peut-être que la réponse réside en partie dans le calendrier : Nous sommes pile poil à la fin du deuxième trimestre, stratégique pour l’activité boursière, et Zuckerberg annonce des nouveautés « révolutionnaires » pour la semaine prochaine…

Google+ et nous

La question de la pérennité est liée à la précédente. Faute d’acquérir une base d’utilisateurs suffisamment critique très rapidement, Google+ risque de finir aussi mal que Wave dont on avait pourtant vu des invitations se proposer à 5000$ sur Ebay…
Comme dit plus haut, la frustration est là, et si Google ne rectifie pas le tir très rapidement pour sortir une Béta aboutie qui procure une expérience utilisateur instantanée, c’en est fini du machin.
Ce qui serait bien dommage pour deux raisons au moins.

A. Les cercles d’amis répondent à une évidence que Facebook et Zuckerberg n’admettent pas ( et c’est leur droit d’ailleurs) c’est que la vie privée et le cloisonnement des activités sont des concepts pleins de réalité. Et que dans la vie de tous les jours, nous ne pouvons généralement rien dire de très intéressant si l’on doit s’adresser en même temps à sa grand-mère, à son ami d’enfance qu’ l’on n’a pas rencontré depuis 25 ans, au susceptible pdg de son entreprise et à son maire écolo qui ont chacun leurs propres perspectives et intérêts à poursuivre une conversation avec nous.

B. L’existence de ces Cercles (et des Bulles, que je vous conseille d’essayer), sont très utiles pour gérer ses activités collectives ou projets professionnels. C’est comme si l’on disposait maintenant de plusieurs murs au lieu d’un seul et unique, et que l’on pouvait ainsi suivre au fil du temps l’avancée de travaux, ce qui au niveau professionnel peut vite s’avérer indispensable et remplacer définitivement les messageries Msn et Skype, pas franchement optimisées pour cet usage.

Quelques heures seulement après son lancement, il est donc difficile de se hasarder à des pronostics ; Rien n’est encore joué et l’on peut aussi bien assister à un exode massif d’utilisateurs vers Google+ qu’à une totale indifférence.
Mais faute de faire son boulot de marketing et de mieux expliciter les avantages d’une adoption de son nouveau service, Google risque fort de passer rapidement à d’autres services plus et plus pour faire oublier les ratés de cette plateforme pourtant séduisante.

Delicious et la fin du 2.0

Il y a une semaine juste, la nouvelle avait fait le tour du Web en quelques heures. Un slide volé chez Yahoo montrait que la firme américaine allait laisser tomber plusieurs services, MyBlogLog, AltaVista, et surtout Delicious.

Pour les nouveaux arrivés ou pour ceux qui ont une culture Web honnête mais limitée, Delicious est un service distant de collection de signets qui permet d’avoir accès à l’ensemble de sa bibliothèque de Bookmarks, tagguée et organisée, depuis n’importe quel endroit connecté au Net. Créé en 2003 par Joshua Schachter, le service connaît un succès foudroyant et il est racheté deux ans plus tard par Yahoo pour une somme estimée entre 11 et 22 millions de dollars.
En 2008, le site compte 5.8 millions de membres et recense près de 180 millions de signets.
En 2010, et après l’avoir indiscutablement freiné dans sa dynamique et ses velléités d’innovation, Yahoo s’en débarrasse.

Au-delà des frayeurs causées par la possible perte de milliers de signets pour ce qui me concerne et de dizaines de milliers pour d’autres, c’est une annonce fortement symbolique pour au moins deux raisons.

La fin du 2.0

La première est qu’elle signe la fin de ce que l’on a appelé le Web 2.0, moment historique qui correspond à une transformation des usages vers un projet plus collaboratif où les utilisateurs du Web ne sont plus de simples visiteurs mais des collaborateurs qui s’investissent spontanément dans la production de contenus.
Avec d’autres, dont Flickr également racheté par Yahoo, Delicious porte haut les espoirs d’un espace partagé et pas tout à fait commercial. Le site devient rapidement une véritable caverne d’Ali Baba pour ce qui devient le « Web caché ». Ici, l’on trouve tout ce qui n’apparaît pas dans le top 5 des réponses Google mais qui n’en est pas moins pertinent. Des communautés s’y créent et c’est un alter-google, sans algorithmes, humain et extrêmement intelligent, qui s’y constitue et prospère avec discrétion.

Et là, la politique de Yahoo peut poser question, tant il est évident qu’elle a sabordé sciemment cette start-up pour l’abandonner sur le bord de la route cinq ans plus tard. Car Yahoo n’a jamais essayé de faire progresser le service, grosso modo le même qu’en 2005 voire légèrement moins bon après l’ajout de fonctionnalités discutables, et n’a jamais proposé de service payant auxquels des centaines d’utilisateurs sont néanmoins prêts à souscrire et qu’ils réclament même, pour peu que le service continue…

 

 

 

Les déçus de Delicious ont d’ailleurs compris que Flickr, l’autre trésor du groupe, pourrait être également visé à terme. Flickr c’est des dizaines de millions de personnes accrocs à un service de partage de photos organisé en plusieurs communautés très fortes et articulées autour d’une passion, s’échangeant trucs et astuces, proposant des services, et se rencontrant physiquement de façon fréquente.

 

 

 

 

La politique menée par Carol Bartz au sein de Yahoo, très agressive commercialement, fait peu de cas de ces communautés qui assistent au naufrage lent mais sûr d’un service qu’elles adorent et auquel elles attachent un très grand prix. Certes, il serait ahurissant que Flickr soit liquidé à court terme, mais le site voit arriver autour de lui une nouvelle concurrence (Instagram, facebook, et autres) contre laquelle il essaye peu ou rien.

Se faire racheter par Yahoo apparaissant comme une consécration il y a encore deux ans, tant cette entreprise, en plus du cash non négligeable qu’elle réservait aux développeurs de nouvelles applications, promettait de nouveaux débouchés et de nouveaux horizons pour un Web toujours plus innovant. N’estimait-on pas alors que Zuckerberg faisait un périlleux pari en refusant le milliard de dollars proposé par Yahoo ?
Il n’en est plus rien, et la perte pour Yahoo, coupable d’avoir raté le pari du 2.0, est aujourd’hui assez considérable.

Les questions liées au 3.0

La seconde concerne l’avenir du Web, le Web 3.0, ou encore Web², Web au carré, Web squared, peu importe.
Conceptualisée par les deux penseurs du net, Tim O’Reilly et John Battelle, cette évolution du Web parie sur une agrégation indépendante des zillions de métadonnées qui s’échangent chaque jour sur le Web.
Dans le Web 3.0, ce sont des programmes auto-apprenants qui surveillent les flux et compilent les données pour proposer de nouveaux services sur un marché personnel et professionnel qu’on estime gigantesque.
Cette évolution s’appuie toutefois sur une hypothèse, c’est que ces données sont ouvertes et disponibles en permanence et suppose donc que ce que l’on appelle le Cloud Computing (nuage de données en français) soit généralisé.
C’est un peu ce qu’ambitionne Google avec son nouveau système d’exploitation Chrome OS annoncé comme révolutionnaire (il ne pourrait d’ailleurs en être autrement de la part de Google) et qui propose de gérer l’ensemble des données personnelles de M. tout le monde via un simple navigateur Web.
Idéal pour accompagner le développement de Notebook et autres tablettes moins généreuses en espace que les terminaux traditionnels, le succès de Chrome OS est intimement lié aux services dans les nuages de Google (messagerie, Google docs, groupes, etc.).
Alors qu’il est encore possible aujourd’hui de lancer une application sur le Web et de la faire tourner avec des données (texte, graphes, musique, photos, vidéos, …) que l’on stocke dans un endroit précis sur son micro-ordinateur, cela sera de plus en plus difficile dans le futur si l’on accepte la logique et les conditions commerciales de Google & Co., qui rappelons-le usent volontiers de l’argument de la gratuité…

La disparition de Delicious et la menace qui plane sur Flickr peuvent dés lors être interprétées comme les arguments négatifs visibles pour les millions d’usagers du Web et rappellent une nouvelle fois le caractère crucial des notions de protection de données.
Ce ne sera pas la dernière.