Qui dirige Internet ?

Infographie Icann

Selon l’ICANN, « Internet est en soi un réseau d’ordinateurs répartis à l’échelle mondiale comprenant de nombreux réseaux autonomes volontairement interconnectés. De même, sa direction relève d’un réseau pluripartite décentralisé et international de groupes autonomes interconnectés provenant de la société civile, le secteur privé, les gouvernements, les communautés académiques et scientifiques ainsi que des organisations nationales et internationales ».

Des acteurs globalement présents sur le sol US et par conséquent liés aux lois et au droit américain, « oublie » quand même de préciser l’organisme qui passe grossièrement sous silence tout principe de territorialité.

L’économie Internet en 2011 : Bulles et opportunités

La triomphale introduction en bourse de LinkedIn, réseau social pour les professionnels, et le rachat à prix d’or de Skype par Microsoft, font craindre l’explosion à terme d’une nouvelle bulle internet, dix ans après celle de 2002. Mais est-ce vraiment pour cette année ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LinkedIn a réussi en fin de semaine dernière une triomphale entrée en bourse. Le titre LNKD a cloturé sa première séance à 109,44 $ US (+109,44%), valorisant la société à plus de 10 milliards de dollars alors que son bénéfice 2010 plafonnait à 3,4 millions de dollars et que l’année précédente affichait une perte de 4 millions.

Peu de jours auparavant, Skype se faisait racheter par Microsoft pour la coquette somme de 8.5 M$, provoquant quantité de réactions sceptiques quant à sa compétence à transformer positivement un investissement excessif pour une société surtout connue pour offrir des services gratuits.

Serait-on en présence d’épiphénomènes ou plus généralement d’une nouvelle bulle internet gonflée à la multiplication d’innovations technologiques, à l’abondance des moyens de financement et à l’émergence de nouveaux marchés, déjà formée et prête à éclater ?

L’innovation en Streaming

L’innovation sur Internet tend de plus en plus à ressembler à un streaming continu de mises à jours et de nouveautés. Perpétuant la maintenant ancienne « loi de Moore » qui énonce que la capacité des processeurs est doublée tous les 18 mois, les récentes avancées matérielles ont permis l’éclosion d’une impressionnante palette de produits et services. Le marché est presque totalement renouvellé à chaque sortie d’une nouvelle tablette ou d’un nouveau smartphone, aujourd’hui deux fois plus rapide et deux fois moins cher qu’un ordinateur sorti en 2000.

Parallèlement à ces progrès dans le hardware, la généralisation de plateformes comme Google, Facebook ou Twitter a permis de constituer des terreaux très fertiles pour l’économie des « apps » (applications) et social games, aussi peu onéreux que populaires. L’ascension fulgurante de Zynga qui doit tout à Farmville, jeu apparemment inoffensif né sur Facebook et rapidement adopté par des millions d’accros à travers le monde, est d’ailleurs croustillante : A peine 4 ans après sa création et grâce à ses 250 millions d’utilisateurs réguliers, la société est valorisée à … 10 milliards de dollars.

Du cash à tous les étages

Les besoins initiaux des équipes de développeurs n’excédant généralement pas les dizaines de milliers d’euros, les Business Angels ont investi de grandes sommes d’argent dans le développement de nouvelles start-up. Et additionnées, ces sommes ont, selon une étude de l’université du New Hampshire, vite fait de représenter quelques 20 milliards de dollars pour les seuls US, soit à peine 2 milliards de moins que les 22 milliards investis par les VC’s sur la même période de temps.
Il est également vrai que les plus importantes sociétés comme Andreessen Horowitz ou Kleiner Perkins Caufield & Byers ont également investi des sommes très conséquentes dans l’accompagnement prolongé de grandes cylindrées telles que Facebook, Twitter ou Skype afin de préparer un rachat ou une introduction en bourse.

Mais fait nouveau, ces financements ne sont plus cantonnés à la seule amérique, qui représente traditionnellement la plus grande part du gateau, et sont aujourd’hui définitivement mondialisés.

Des investissements mondialisés

L’Europe confirme ainsi sa place grandissante dans la compétition des services internet avec des services innovants et à succès comme Spotify pour la musique, Vente privée pour l’habillement ou Skype pour la téléphonie.

Et c’est surtout vers l’Est que le centre de gravité de cette nouvelle net-économie se déplace, vers les pays émergents et la Chine – avec une population connectée qui devrait passer de 457 millions en 2010 à plus de 700 millions en 2015, que le Boston Consulting Group envisage désormais comme marché le plus dynamique et prometteur.
Ce sont de nouveaux noms qui monopolisent désormais l’attention d’investisseurs enthousiastes à l’idée de se positionner à temps sur des marchés qu’ils voient très juteux. Baidu, Tencent, Ali Baba, RenRen, Yoku, Sohu, Sina, et leurs centaines de millions d’utilisateurs potentiels respectifs, sont investis des plus grands espoirs de réussite financière.

Les dangers de cet optimisme débridé restent pourtant réels. Au delà même de la pérennité de ces services qui souffre d’un cadre politique et réglementaire dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas très stable et n’offre aucune garantie de visibilité au delà d’un très court terme, l’originalité des services offerts est trop souvent basique et très limitée ; les sites sont pour la plupart des clones parfaits des Youtube ou Ebay occidentaux sans en posséder encore leur génie marketing et leur savoir-faire en matière d’innovation.

Mais nonobstant ces défauts de visibilité et l’évidence de l’existence d’une bulle, les investissements continuent d’affluer en se basant sur le constat d’une configuration « Plus 1995 que 1999 » : La bulle est certaine mais ne devrait pas éclater dans l’immédiat et il est donc encore possible aux yeux des investisseurs de continuer à souffler dedans pour se retirer le moment venu.
Avis aux prochains acheteurs.

 

Ci-dessous, l’infographie produite par G+

L’infobésité : Fantasmes et réalités

Migraines de fin de journée, invasions quotidiennes de spams et longues errances sur la toile ont vite fait d’accuser l’information d’être disponible en trop grande quantité : L’infobésité (pas encore dans le Robert) est mère de tous les maux et première responsable de pertes d’attention ou d’incapacité à rester concentré suffisamment longtemps pour permettre la réflexion. La certitude d’être au contact d’informations capitales au prochain clic provoquerait même le délaissement des dîners de famille en face de la télévision ou d’assommantes lectures nocturnes destinées à écraser les insomnies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces impressions sont régulièrement renforcées par des panoplies de chiffres très explicites quant à une overdose d’information disponible au risque d’engendrer une confusion non seulement fausse mais également dangereuse.

En effet, si tout le monde est d’accord pour dire que l’information n’a jamais été aussi abondante, rien ne permet d’affirmer qu’il y en ait trop.

En se focalisant sur l’objectivité des chiffres relatifs à l’explosion des informations disponibles – c’est-à-dire stockées quelque part sur des serveurs, les experts commettent plusieurs imprudences dont celles-ci :

  • Pour être réelle, l’ampleur de la progression de la quantité d’information disponible n’en est pas moins contestable. Les millions et zillions de bytes annoncés sont spectaculaires mais veulent dire un peu tout et n’importe quoi. Ainsi, une très grande part de l’explosion des chiffres s’explique par la simple conversion des fichiers Vidéo et Photo au format HD, multipliant d’un coup et artificiellement les chiffres par plusieurs dizaines.
  • Nombre d’informations sont relayées à l’identique ou à peine modifiées, des milliers de fois, et sont néanmoins comptabilisées à chaque fois comme si elles étaient uniques. La redondance est difficilement identifiable et les indicateurs actuels n’en tiennent aucunement compte.
  • D’autres études spécifiques loin de laisser penser que l’homme moderne subirait une indigestion d’informations, démontrent qu’au contraire, chaque information unique est lue ou visualisée par un nombre moins important de personnes qu’auparavant.
  • L’essentiel de la production et de la consommation d’informations regarde une ultra minorité de personnes sur le Web. Ce n’est absolument pas tout le monde qui avale l’équivalent de 6 quotidiens par jour.

 

En résumé, l’omniprésence d’un seul indicateur imparfait, le byte de données, devrait inciter à plus de prudence et empêcher de livrer des conclusions trop hâtives sur le bombardement supposé de nos esprits. En n’acceptant pas la nuance, en mettant par exemple sur le même plan l’utilité de l’information pouvant être contenue dans 1 demi-méga de fichier texte et celle contenue dans un demi-Giga de video-clip, l’essentiel des études ne démontre qu’une seule chose : Le commerce des serveurs de données se porte très bien et cela devrait continuer un bon moment, pour s’envoler au-delà même des 5% d’éléctricité actuellement consommés dans les seuls Etats-Unis.

Ma conviction est que les discours sur un excès de l’offre ne doivent pas se développer car ils sont loin d’être innocents et peuvent même être considérés comme dangereux. Le sentiment d’impuissance manifesté parfois face au « déluge de données » s’explique plus par le manque d’aptitude et l’impréparation de nos cerveaux à recevoir et à gérer des informations transitées par de nouveaux médias que par un excès de l’offre. Cet excès supposé est d’ailleurs une antienne aussi vieille que le concept même d’information, et elle est par exemple très bien analysée par Eco dans Le Nom de la Rose, génial roman mettant en scène des moines obscurantistes qui voient la connaissance comme un péril et la bibliothèque comme un terrain de conflit.

Aujourd’hui plus que jamais, notre effort doit se porter sur la connaissance des médias et sur le développement des nouvelles formes d’apprentissage pour les enfants et pour l’ensemble des générations, qui ont toutes soif d’aborder le maximum d’informations avec le maximum d’utilité.
Il est en effet temps de s’éloigner de l’origine latine d’informer, informare, donner forme : tout le défi de la société de l’information réside dans le fait de savoir utiliser l’information et non plus d’être utilisé par elle.