After the Ad Blocking controversy : Is the Native Advertising, the next big thing on the web?

L’Ad Blokcking, qui empêche les publicités de s’afficher sur les navigateurs web ou téléphones mobiles, représente un manque-à-gagner incontestable pour les annonceurs et médias qui n’ont pas investi dans des formes plus innovantes de publicités, mieux ciblées et moins intrusives.

Lire l’article publié ici (22 septembre 2015)

La terreur Jihadiste et les médias sociaux

Soumettre à la terreur et séduire un maximum de crédules. Tel est le double objectif des fanatiques de l’ISIS (Islamic State of Iraq and The levant- الدولة الإسلامية ), armée de violents hallucinés dont on aurait tort de sous-estimer les capacités de nuisance, directes et indirectes.

Leur théatre des opérations est double : sur place, on égorge, on tire des balles dans la nuque, on procède à des exécutions collectives bestiales et sommaires ; sur le net, on frappe à coups d’images et de slogans, on manie les peurs ; on mobilise et on recrute également, des dizaines et centaines de candidats, au maniement des armes et au Jihad.

Apparue au grand jour il y a 3 ans sur les champs dévastés de la guerre civile syrienne, l’organisation nourrie au salafisme saoudien n’a pas tardé à se développer en s’adonnant à une surenchère de violence et de barbarie rarement égalées. Encouragée par l’intérêt myope de certaines puissances régionales ou mondiales (cf. les déclarations de soutien à ceux qui étaient encore appelés à l’époque, et sans rire, « démocrates » opposants à Bachar Al Assad, et qui ne sont pas sans rappeler des idioties également entendues en Libye, par exemple), ces milices se sont rapidement regroupées et organisées pour revendiquer une légitimité sur les sols irakiens et syriens, à étendre plus tard à d’autres contrées, le cas échéant.

Les Jihad Jo, experts en médias sociaux

Parallèlement aux premières victoires militaires, l’organisation s’est déployée sur la toile à la vitesse de la poudre. A défaut d’être télévisée, la cause est tweetée, capturée en vidéos filtrées à l’hémoglobine et diffusée sur la planète en temps réel. Ces Jihad Jo, constitués en grande partie de jeunes citadins, diplômés et équipés, parfaitement à l’aise avec les codes de la culture occidentale s’improvisent et s’imposent comme des communicants aguerris au maniement du 2.0. Armés de terminaux mobiles, qui sont autant de centres de presse technologiques hyper-sophistiqués, ils inondent la toile de leurs faits d’armes, aussitôt relayés par plusieurs milliers de comptes, des disseminators, au rôle décisif, comme l’a souligné une enquête fouillée du International Centre for the Study of Radicalisation (ICSR) portant sur 8 223 personnes, 15 000 tweets, 1186 hashtags et 1,969 liens.

Les atrocités sont filmées avec force détails, de longues minutes durant, et les vidéos YouTube sont reprises sur Facebook et Twitter, qui ne tarde pas à devenir le vecteur privilégié d’une propagande construite sur une proposition d’ultra-violence soigneusement mise en scène. Des Hashtags sont adoptés comme #calamityWillBeFAllUSou  et permettent une lecture thématique et chronologique des événements. Des comptes vedettes voient le jour et essaiment à l’air libre du réseau hypertextuel. Des biographies express sont érigées en emblèmes d’un désordre nouveau qui guette le monde. Les vues s’additionnent et touchent tous les continents.

A la conquête de fans

6LOxs

L’audience des jihadistes peut d’ailleurs être répartie en deux groupes principaux : si les informations sont diffusées en majeure partie depuis la péninsule arabique et en langue arabe aux fins de terroriser encore un peu plus syriens et irakiens qui n’en demandaient tant, l’objectif stratégique prioritaire reste incontestablement d’infiltrer les terres d’occident, riches en possibilités de recrutement, et notamment de jeunes européens convertis, mal intégrés, en quête du grand frisson et prêts à croire en ISIS pour la succession d’Al Qaida comme puissance alter impérialiste de premier choix. La stratégie éditoriale consiste ici à créer l’illusion terrorisante d’une force émergente, aussi déterminée qu’irrésistible, et de recruter un maximum de volontaires pour venir grossir les rangs d’une organisation aujourd’hui limitée à 15 000 personnes environ, selon les estimations des différents services de renseignements.

L’exécution de James Foley

La présence de plus en plus visible de l’Armée Islamique sur les réseaux et la diffusion des images de populations arabes se faisant massacrer par centaines a continué ainsi quelques mois de façon libre et ouverte sans émouvoir trop de monde, jusqu’à ce que la vidéo de l’exécution du photographe américain, James Foley, ne soit partagée et provoque une violente réaction des journalistes et politiques qui obtiennent le retrait des images quelques heures seulement après leur diffusion.

Non que le phénomène soit nouveau, souvenons-nous de l’égorgement de Nicholas Berg en 2004 ou de l’assassinant de Daniel Pearl en 2003, mais bien parce que – More is different, plus immédiates et plus rapides à se propager, ces vidéos prennent de court les pouvoirs publics qui voient réduites à néant leurs possibilités de contrôle, en même temps qu’ils constatent que les médias sociaux sont en train de radicalement changer la nature de l’affrontement informationnel de ce qu’il a pu être au Vietnam ou lors des dernières guerres du golfe, par exemple.

James-Foley

Une demande est formulée à destination des principaux réseaux qui obtempèrent et acceptent de supprimer les comptes et informations relayant les vidéos de l’exécution. De quoi réduire les effets de façon très temporaire sans en éliminer en rien les causes : L’organisation terroriste réagit aussitôt en rédigeant un document visant à envahir le cyberespace préconisant de recourir à d’autres canaux ou d’aller explorer les vastes possibilités du Darknet, bien connues des jeunes adolescents consommateurs de drogue du monde entier.

En quelques heures, on voit des comptes pousser comme des champignon sur Diaspora, un clone Open Source de Facebook entièrement décentralisé où les données personnelles restent libres et délocalisées, poussant les fondateurs du site à publier rapidement une mise au point les dégageant de toute responsabilité quant à l’utilisation de leurs infrastructures, en même temps qu’elle avoue leur impuissance à contrôler les informations en circulation.

Censurer ou informer ?

On peut se dire que ce remède n’en est pas un. Et ces mesures policières, si elles sont appréciées par quelques élus engagés dans des politiques sécuritaires électoralistes, ne le sont guère des services de renseignement qui peuvent voir se réduire dangereusement une aubaine intarissable d’informations bon marché tombées du ciel. En passant, la position des politiques français et de certains de leurs homologues européens face à ces vidéos et comptes sociaux de l’armée islamique ne déroge d’ailleurs pas au dogme habituel du tout-sécuritaire et à la volonté aussi obsessionnelle que contre-productive de vouloir mettre la toile sous contrôle…

Face à ces menaces, il serait certainement plus avisé de parier sur l’éducation numérique et de mettre en place des actions d’information et de protection contre la propagande Jihadiste. D’aider les internautes à vaincre sur le terrain de l’information des adversaires pas franchement plus experts mais certainement plus libres dans cet exercice.

Ce qui constitue un beau paradoxe si l’on y réfléchit deux minutes.

Harry Potter et la culotte de Lady Gaga

Ce dernier samedi pluvieux m’aura fait tomber sur un bref article du Monde qui n’aura pas manqué de m’interpeller une bonne partie du week-end. Intitulé Ciel, l’algorithme !, ce papier pose en effet quelques questions sur les rapports que peut entretenir l’industrie de l’information et ses codes déontologiques, plus ou moins sincères, avec la vision du monde très particulière d’un enfant milliardaire que rien n’arrête encore.

Car si le géant américain pèse lourd dans la visibilité des marques, et parmi celles-ci des médias, ce n’est pas toujours pour le meilleur. Finies les espérances nées des premiers jours et l’exaltation de voir en temps quasi-réel doubler ses likes et ses followers, place aux exigences d’une monétisation exigée par une entrée en bourse -record puis aussitôt catastrophique, et ses impératifs de rentabilité. En effet, l’algorithme de visibilité de Facebook a subi nombre de changements cette dernière année pour en arriver presque par la douceur à imposer aux marques de transiter par la case des annonces payantes pour être visibles, ne serait-ce que par une minorité de leurs abonnés.

Et voici que Facebook va plus loin et annonce que « le facteur clé est l’engagement. Plus un contenu est « aimé », commenté, partagé, plus il nous semble qualitatif. Nous souhaitons montrer des publications moins fréquemment aux personnes qui n’interagissent pas avec une page. » :

Les journalistes et les annonceurs sont priés de faire du « J’aime » à tout va. La réaction des rédacteurs du Monde, sceptiques, impuissants, et qui déclarent leur « refus de vouloir créer du « J’aime » à tout prix (qui) pourrait à terme se solder par une moindre visibilité » se révèle ainsi digne des cauchemars les plus noirs qu’un Beuve-Méry n’aurait pas pu imaginer et ne laisse augurer que de médiocres évolutions.

Nota Bene : Non, le titre de cet article n’est pas dû à une fausse manipulation. Il veut au contraire signifier que Facebook n’a pas le monopole de ce nouveau capitalisme populiste, aussi sot et régressif qu’il soit. Google a en effet montré la voie depuis longtemps en accordant une prime décisive aux contenus les plus « populaires », édifiant de véritables autoroutes à une civilisation du grégaire et du futile. Sans que l’on sache si nos temps et nos moeurs sont ainsi faits aujourd’hui ou si la domination technologique du monde va achever d’éliminer toute forme alternative de mémoire ou de hiérarchisation de l’information.

500 millions de twittos (et moi, et moi et moi)

La vie en bref

Twitter, le média plus important que la télévision ?

J’ai longtemps eu beaucoup de mal avec des pensées qui tiennent en moins de 140 caractères.
Pour ne pas parler d’une pensée qui s’exprimerait  dans ce format.

Plus qu’un réseau, plus qu’un protocole, Twitter est devenu un média.
Peut-être plus important que la télévision.

Un média plus rapide que la radio, plus interactif que la télévision et plus personnalisé – et donc mieux adapté à chacun, que n’importe quel autre média – à condition que ce chacun soit suffisamment éduqué pour pouvoir jouir de la stimulante incertitude née de ces nouvelles libertés.

Histoire de la pensée-minute

Le principe de la pensée-minute qui tient en un minimum de caractères n’est en soi pas nouveau pour qui ceux qui ont goûté les maximes de La Rochefoucauld, les aphorismes de Wilde, certains fragments de Nietzsche ou poisons esthétiques de Cioran, où même les anciens et lointains Haïkus ; Les expressions concises de ces penseurs ont souvent été fêtées comme des trésors de clarté dans un monde saturé de signes pas toujours reposants.

Ce qui est nouveau, c’est l’envahissement du champ de communication par cette forme d’expression, illustré par le succès pas encore complètement essoufflé de la série Bref, des conférences TED, du « langage » SMS, de la bande-annonce ou du fameux Pitch (politique, économique ou artistique) verdissant sur tous les plateaux télés.

L’efficacité managériale de la brieveté

Dérivés du fameux Elevator Pitch – tout entrepreneur suffisamment précautionneux se devant de savoir par coeur comment présenter son activité en moins de 20 secondes et de la façon la plus séduisante possible, de façon à convaincre Bill Gates à investir quelques ronds dans sa société, le jour où un hasard heureux de la vie leur ferait prendre le même ascenseur – ces formats courts sont censés transposer l’efficacité d’un outil management aux situations de communication rencontrées tout le long de la vie.

Très utiles lorsqu’il s’agit de résumer 400 pages d’ennui en quelques lignes essentielles reprises en quatrièmes de couverture, ces formats ont le mérite de répondre à une contrainte majeure de nos vies : l’économie de temps, caractéristique d’une société actuelle qui ne laisse que peu de temps pour lire où écrire, et où les hommes restent écartelés entre des impératifs économiques, du divertissement et une profusion d’offres impossible à appréhender dans leur ensemble ou même à digérer lorsqu’on réussit à faire un choix.

L’embarras du choix

Cet embarras du choix se présente d’ailleurs comme une excellente raison d’adopter le format court.
A l’heure du Multi-Tasking, on réussit en quelques secondes à prendre contact avec un nombre incroyables de sources, quitte à reléguer à jamais l’examen plus détaillé de chaque proposition.
Une pile de READ IT LATER s’entasse quelque part dans l’éternité numérique stockée dans un de nos nuages gorgés de contenus.

Est-ce que les grands espaces consacrés à l’argumentation et au déploiement des idées sont condamnés ? Est-ce que les peintures balzaciennes et les démonstrations philosophiques sont condamnées à un temps que les moins de 20 ans ne pourront pas connaître ? Est-ce que la pensée d’Aristote va rejoindre Aristote, quelque part dans l’air que nous respirons ? Est-ce que Kant 2.0 sera le créateur de Jingles que vont s’arracher toutes les télés du monde ?

D’ailleurs, est-ce tout à fait raisonnable de continuer à guetter un Kant 2.0 lorsqu’on ne croit plus qu’en des démonstrations aussi immédiates que visuelles, si ce n’est émotionnelles ?

Il y quelques années, Bourdieu avait remarqué que « l’un des problèmes majeurs que pose la télévision, c’est la question des rapports entre la pensée et la vitesse. »
Il n’avait pas encore tout vu et il ne se doutait pas que nous serons rapidement tous contraints à devenir des Zola géniaux à l’unique condition de trouver les « J’accuse! » qu’il faut, aussi vite que possible.

Des J’accuse ! privés de fond et de substance, jetés à la surface de discussions aussi éphémères qu’interminables entretenues par des milliards de Bouvard et Pécuchet abonnés aux nouvelles idées reçues.

Idées banales et partagées par tout le monde, idées-postures, idées Tupperware.
Idées courtes.