Une nouvelle écologie politique

Une nouvelle écologie

Par temps de changements politiques, il est intéressant de voir que sous d’autres cieux pas tellement lointains, de nouvelles options, plus tranchées et peut-être plus conformes à un fameux « air du temps » revu et corrigé continuent de se développer.

Piratpartiet en Suède et Piratenpartei Deutschland sont en train de s’imposer doucement mais sûrement dans un paysage recomposé autour des préoccupations des nouvelles générations. Ce dernier a même réussi en quelques mois à s’imposer comme le parti numéro 3 en Allemagne et entend maintenant supplanter les Verts pour occuper la place de principal parti contestataire.

Sans forcément adhérer à ces mouvements, discutés et discutables par certains aspects, une nouvelle écologie aurait en effet toutes les raisons d’émerger.

Lié à la défense des droits dits numériques, affranchi des impasses d’un affrontement gauche-droite et soucieux de dessiner l’architecture du mieux-vivre des temps à venir, un mouvement accompagnerait la nouvelle division des pouvoirs rendue possible par la libération de l’information.

Il consacrerait l’émergence du rôle nouveau dévolu au citoyen 2.0, désormais associé au même titre que les experts à la gestion des pouvoirs publics dans un autre contexte. Un rôle de surveillance éclairée des élus, chargés d’appliquer en simplicité une politique discutée et négociée par le plus grand nombre.
Un rôle qui s’appuierait très largement sur l’Open Data et la collaboration pour agir à la fois sur la structure et le contenu de politiques véritablement citoyennes, plus à même de gérer la complexité du monde que des alliances d’hommes politiques professionnels, qui isolés, sont de moins en moins capables de percevoir ou d’agir sur la réalité.

Rebelle ? Pas vraiment le mot.
Révolutionnaire ? Peut-être.
Sûrement.

25 projets d’Open Data à travers le monde

Open Data

J’ai beaucoup parlé d’Open Data ces derniers temps car, je le répète ici, la libération des données recèle un formidable potentiel en termes d’innovation qui, en plus d’aider au développement économique d’une région ou d’un pays, peut valablement contribuer à l’amélioration de la transparence et de la prise de décision dans des démocraties quelque peu en panne d’inspiration ces dernières années.
Loin d’être une théorie abstraite et déconnectée, l’Open Data s’impose déjà comme une réalité dans nombre d’endroits.

La liste suivante recense 25 projets d’exploitation de données libres parmi les plus originaux et innovants.

Santé et éducation

UK Dentists (R-Uni): Une application Iphone qui permet de géolocaliser les 7500 adresses de dentistes du NHS. Il existe une application similaire pour les médecins généralistes et pharmacies.
Compara Tu Escuela
(Mexique) : Compare les résultats de chaque école avec les moyennes municipales, régionales et nationale.
Sunlight Health
(Us): Application mobile de la Sunlight qui compile les données des centres de soin aux États-Unis afin d’aider les patients à prendre les meilleures décisions.
Lutte contre le sida
(Pays-Bas): Le Ministère des affaires étrangères des Pays-Bas a ouvert ses données afin de contribuer à la lutte contre le sida et inscrit son initiative dans le cadre du programme International Aid Transparency Initiative.

Activités gouvernementales et parlementaires

Where does my Money Go (R-Uni) : Série de visualisations de l’Open Knowledge Foundation permettant à chaque britannique de vérifier les choix budgétaires de son gouvernement et la répartition de ses impôts par mission de l’État.
Plateau Mont Royal
(Québec): L’arrondissement de Montréal, Plateau Mont Royal, propose aux citoyens de donner leur avis sur les priorités budgétaires au moyen d’une application qui permet de répartir les données financières réelles. Une fois le budget équilibré, il est possible de soumettre la proposition aux élus de l’arrondissement, qui s’engagent à étudier les propositions.
Recovery.gov
(Us) : Montre l’allocation des subventions versées par le gouvernement américain dans le cadre de son plan de relance ainsi que les retours de ces investissements publics en termes d’emploi et d’activité.
Zanchisdani.sk
(Slovaquie) : Site slovaque destiné à cartographier les relations économiques de personnalités influentes et à révéler de possibles conflits d’intérêt.
Challenge.gov
(Us) : Liste de besoins exprimés par le gouvernement US faisant appel à la compétence d’initiatives privées.
Subsidios al Campo (Mexique) : Un projet mexicain (le Mexique est souvent cité comme modèle pour sa politique de libération des données) qui permet de vérifier l’utilisation faite des différentes subventions agricoles.
Gasto Publico Bahiense
(Argentine) : Outils d’analyse des dépenses publiques. Argentine.
Visible Congress
(Colombie) : Suit l’activité du congrès.
Nosdeputes.fr
(et nossenateurs.fr) : Initiative bénévole (« Pendant que d’autres passent leur w-e à jouer au foot, nous tapons des lignes de code ») et citoyenne de jeunes passionnés de politique, qui sert à comprendre et analyser le travail des représentants parlementaires.
A quienes elegimos
(Paraguay) : Outil d’évaluation de l’activité des responsables politiques et administratifs.
European Union Dashboard
(Europe) : Mesurer les contributions et bénéfices de chaque pays européen vis à vis de l’Union. Encore en phase projet.
Evolution of European Union legislation
(Europe) : Suit l’évolution de l’activité législative européenne dans le temps, thème par thème.
Dataviz
(France) : Concours initié par Google portant sur la réalisation d’une interface intelligente de visualisation de données enregistrées sur les réseaux sociaux pour suivre l’élection présidentielle de 2012.

Industrie

bePart (Allemagne) : Application mobile qui identifie les bâtiments publics en travaux en Allemagne et permet de suivre l’évolution des projets, signaler un problème… Premier prix de l’Open Data Challenge 2011.
Sandbag Emissions Map
(R-Uni) : Visualise les émissions de CO2 des usines en Europe.
Open Corporates
: Base de données reprenant les principales informations publiques relatives à 31 millions d’entreprises immatriculées à travers le monde.

Transports

CheckmyMap (France) : La RATP ayant refusé de céder ses droits concernant les cartes du métro parisien (!), un concours a été lancé pour la création de nouvelles cartes libres. Déjà plusieurs propositions.
eo’City
(France) : Application qui facilite l’utilisation des transports publics à Rennes en regroupant les horaires et les positions en temps réel des bus, métros, tramways et vélos.
Traintimes
(R-Uni) : Visualise la position des métros londoniens en temps réel.

Divers

Paris.mapize.com (France) : Explore le nombre de naissances, de mariages, de divorces, de décés sur une carte d’arrondissements à partir de données publiques mises en ligne par la Ville de Paris.
Open Data Kenya
(Kenya) : L’Open Data est une opportunité pour les pays dits non-développés. Le Kenya devrait rapidement être suivi par de nombreux autres pays.

L’Open Data en 2011

Alors que l’impression que les événements et les publications autour de l’Open Data sont devenues pléthoriques vient se renforcer presque chaque jour, une récente communication de David Eaves à l’Open Data Camp de Varsovie a le mérite de synthétiser une partie des débats en cours.

Où en sommes-nous

L’intervention de David Eaves date du 20 octobre et commence par dresser un état des lieux des politiques d’Open Data. L’auteur recense ainsi plus de 50 portails Open Data à travers le monde, dont ceux du Kenya ou de l’Albanie et évoque une « véritable explosion » du phénomène Open Data en 2011, dont il relie l’origine à la curiosité croissante de certaines personnalités du monde politique, tout en faisant le distinguo entre curiosité et connaissance.
C’est un fait cependant que l’Open Data est désormais une notion admise dans les débats politiques et que la diversité des acteurs engagés et des projets actuellement développés – de nombreux exemples sont cités au cours de l’intervention, sont d’excellentes augures pour l’avenir.

Prenant acte de l’échec des démocraties classiques à anticiper et résoudre des situations de plus en plus complexes et citant l’exemple des mouvements contestataires du Tea Party ou des indignés comme révélateurs d’un échec des institutions à s’adapter à une nouvelle donne, David Eaves parle au nom des activistes de l’Open Data pour tenter de réaffirmer une nécessaire indépendance vis à vis des politiques et gouvernements tout en appelant à une collaboration lucide, consciente de nombreuses et inévitables tentatives de manipulation.

Ce qui reviendrait selon lui à répondre aux 3 principaux défis suivants :

  1. L’Open Data ne doit pas se cantonner à donner des objectifs de transparence dans la manipulation de données publiques mais bel et bien à servir à l’instauration d’une nouvelle gouvernance qui gèrerait le patrimoine « Data » avec la même rigueur que les autres infrastructures dont il a la responsabilité, routes, équipements, etc.
  2. A arrêter de comptabiliser avec satisfaction les nouveaux portails d’Open Data qui s’ouvrent chaque jour à travers le monde et à établir des standards, des structures de données permettant de fonctionner transversalement aux juridictions. C’est là le principal défi, qui permettra ou non à l’Open Data de se généraliser avant de s’imposer définitivement.
  3. A sensibiliser davantage les multinationales aux enjeux de l’Open Data et à les impliquer dans une dynamique win-win. Intégrer des grands groupes tels que Microsoft, Google et des ONG comme Oxfam ou l’Unesco donnerait au mouvement une taille critique qu’il n’a pas encore.

Je pense que l’Open Data est lancé et suis naturellement convaincu des bienfaits de la nécessaire alliance du public et du privé pour répondre à une multitude de besoins, et que cette alliance en plus d’être une mine d’or pour les entreprises qui sauront innover et se révéler d’une utilité inattendue pour les citoyens, peut valablement proposer des solutions évoluées à des systèmes de représentation et à des responsables politiques qui ne peuvent plus comprendre et répondre à eux seuls aux légitimes aspirations de leurs administrés.
Tout l’intérêt de l’article de David Eaves est de venir rappeler fort opportunément que nous en sommes à peine au point d’inflexion, c’est à-dire le point plus fragile, dans la construction d’un nouvel équilibre, et que le mouvement a tout intérêt à compter, rassembler et organiser ses forces pour vraiment exister.
Le mouvement de l’Open Data commence à rallier les suffrages de nombreuses personnes à travers le monde mais il est encore loin d’avoir gagné les batailles décisives capables d’en faire une réalité pour tous.
C’est une idée en marche qu’il faut standardiser et structurer sans cesser de la partager à tous les niveaux, dans tous les blogs, clubs, cénacles et rencontres, partout, tout le temps.

L’article paru sur le Blog de David Eaves et repris et traduit sur Owni.

www.datacatalogs.org

www.data-publica.com

Pour une nouvelle démocratie

Dans son édition du 30 juillet dernier, The Economist rapprochait avec beaucoup de perspicacité l’état actuel des Etats-Unis et de l’Europe de celui du Japon dans les années 90. Au moment où éclatait la bulle économique, les dirigeants japonais regardaient ailleurs, incapables de prendre la moindre décision, paralysés par les enjeux et la recherche d’un impossible consensus capable de les faire réélire.
Aujourd’hui, face aux tensions sur la zone euro et à la crise de l’endettement, leaders européens et américains se trouvent dans la même incapacité chronique à affronter les problèmes et à prendre les décisions qui s’imposent.

Plus qu’un problème d’homme providentiel, génie absolu et doté de bravoure, c’est un système qu’il faut repenser dans sa globalité. Dans une société rentrée dans une phase de complexité, la marge de manoeuvre des politiques est de plus en plus réduite.
Une société complexe, où l’économie, l’information, la culture et les relations interpersonnelles sont chamboulées par les technologies numériques et achèvent de dessiner un monde qui ne ressemble en rien à celui des nos ancêtres et où seule la politique, accrochée à ses privilèges, s’accroche à des logiques héritées de volontés et de conceptions vieilles de deux siècles.

Et si les systèmes de représentation classiques sont  mal à l’aise pour traiter l’ensemble des questions qui nous menacent, énergies, biotechnologies, nanotechnologies, environnement, etc. qu’est-ce qui pourrait le mieux remplacer les démocraties représentatives, système réputé le moins pire selon la fameuse formule ?

La solution réside bien sûr de façon essentielle dans une coopération internationale qui doit se renforcer pour permettre l’installation progressive d’un gouvernement mondial apte à traiter des problématiques qui ne connaissent pas de frontières mais elle se trouve également, de façon aussi essentielle, à l’intérieur même des Etats où la démocratie représentative doit évoluer et faire une place à une nouvelle ingénierie politique pour devenir constructive ou éclairée.

Des Etats qui doivent apporter de substantielles modifications dans la qualité de la relation qui les unit à leurs citoyens et qui peuvent s’inspirer des groupes économiques, plus agiles, qui ont su s’adapter à leur nouvel environnement culturel socio-technologique afin de garantir leur pérennité.

En s’attelant à bâtir une relation que l’on peut qualifier de sociale puisque directement inspirée de l’observation des écosystèmes formés par les organisations au sein des réseaux sociaux, les Etats peuvent donner naissance à un nouveau système organisé sur la base d’une nouvelle relation construite sur 3 niveaux :
– En écoutant, via un travail de veille permanent capable de capter et de prendre en compte tous les signaux faibles, de prévenir les crises et de prendre en compte les volontés des différents groupes.
– En informant, par la généralisation et la maitrîse d’une politique d’Open Data en appui des projets d’infrastructure et par l’édition et la distribution d’une information éclairée sur les conséquences des comportements individuels et sur les complémentarités ou concurrences de ces activités avec celles des concitoyens (on peut par exemple accroître le sentiment d’utilité et la confiance par une information en temps réel sur la destination d’une contribution fiscale ou par la visualisation des conséquences d’une certaine consommation d’énergie).

– Et enfin, en impliquant davantage les citoyens dans la prise de décision par l’admission de l’expertise citoyenne dans les débats, aux côtés des élus et experts. Par du Crowdsoursing bien sûr, mais aussi par la constitution de  forums hybrides (Callon, Lascoume et Barthe – Agir dans un monde incertain, 2001), inspirés par les expériences scandinaves des 30 dernières années et par les travaux théoriques sur la démocratie dialogique d’Habermas.

En permettant ces avancées, les technologies numériques représentent des moyens extraordinaires pour améliorer et accepter l’ensemble des points de vue experts et spécialisés sur des sujets particuliers et confèrent surtout une nouvelle légitimité à un idéal démocratique en meilleure osmose avec son environnement.
Il n’y a plus qu’à.