Des médias sociaux de plus en plus sociaux ?

Alors que le web, plus marchand que social, s’essouffle, de nouveaux usages voient le jour, plus ouverts, plus libres, et surtout, plus anonymes. Reste à savoir si cette évolution est appelée à durer, et donc, à valider sa viabilité économique. 

Près de 80% des internautes sont membres d’au moins un réseau social et deux tiers de ces individus visitent leur profil tous les jours ou presque, pour visionner des vidéos, tweeter, poster des photos sur Instagram, consulter une page Wikipédia ou plus simplement voir s’il y a du neuf sur leur page Facebook depuis qu’ils l’ont refermée, quelques minutes auparavant. On dit d’ailleurs que si Facebook était un pays, il serait le troisième le plus peuplé au monde après la Chine et l’Inde. Que les individus auraient perdu quelques degrés de séparation entre eux au passage. Mazette.

Social Media Fatigue

Sur ce web 2.0 qu’on dit social, des millions de gens se sont rassemblés plus ou moins rapidement pour former quantité de communautés virtuelles, où ils vont s’informer, consommer, informer, protester, rencontrer, etc.
Mais en dépit de ce succès incontestable, quelques signes d’essoufflement se font déjà sentir ici ou là, une ‘social media fatigue‘ est évoquée et les plus anciens des convertis ont perdu un peu de leur enthousiasme en route.

Parmi les explications avancées, on retrouve la faiblesse d’un nouvel habitus conversationnel qui impliquerait une simplification trop pénalisante dans la communication à autrui. Les 140 signes se révèleraient insuffisants (on l’aurait parié), et les « j’aime », « je partage », ou autres, se révèleraient à la longue impropres à la complexité du jeu social qui nous lie à notre ami, à notre employeur, ou à notre amour virtuel.

Web marchand

Malmenées par des marques condamnées à la croissance, les personnalités numériques seraient en train de s’isoler chaque jour un peu plus dans une « consommation créatrice », dépeinte par Lipovetsky comme un « empire sur lequel le soleil de la marchandise et de l’individualisme extrême ne se couche jamais ». Un empire infiniment mieux façonné pour l’achat-vente que pour le déploiement d’une nouvelle intelligence relationnelle qui aurait pris le pas et remplacé une grande partie des élans de sociabilité désintéressée par un consumérisme ostensiblement affiché et revendiqué…
Et il est vrai que le web d’aujourd’hui n’a de social que le nom, qu’il se résume à des j’aime/j’aime pas dont on voit bien la pertinence marketing pour ceux qui l’ont encouragé mais dont on perd le sens général. Qu’il ressemble à une mare qu’on prendrait pour un océan où des individus pris par une vague mimétique d’une très grande force se définiraient surtout par leur intentions de consommation.

Web polaroid

Or, depuis cette mare, depuis ce « web desséché », dit même Sarah Perez, on commence à voir l’émergence d’un nouveau web qui s’étend au fil du temps et qui pourrait même signifier un jour la fin du web classique tel que nous le connaissons et pratiquons. Un web redevenu plus intime, plus éphémère. Un web anonyme assorti d’un droit à l’oubli non négociable. Un web qui ressemblerait à tout ce qu’il n’est pas aujourd’hui.

Et les exemples ne manquent pas. Snapchat (100 millions de messages et 50 millions de photos échangés chaque jour), un réseau où l’on partage des photographies qui aussitôt vues s’auto-détruisent, connaît une progression remarquable. Aux US, Reddit s’impose chaque jour et regroupe des utilisateurs nombreux qui ont la particularité de rarement dévoiler leur vrai patronyme. Des internautes utilisent le petit et très discret DuckDuckGo en lieu et place du Google tout-puissant – ce que je fais déjà personnellement depuis quelques années.

Le contenu prenant le pas sur les Brand Contents, un nouveau type de connections voit le jour, qui se soucie moins des likes et des scores Klout. Des connections redevenues plus sociales permettent d’entrevoir la possibilité de retrouver un peu d’intimité après un grand déballage excessif.
Mais est-ce vraiment la volonté du plus grand nombre ? Et est-ce que la minorité restante est suffisamment nombreuse pour constituer une niche durable qui justifierait l’existence de ce web parallèle ? Loin des grandes théories, l’exemple du ratage de Diaspora qui se voulait l’Anti-Facebook et qui n’a finalement jamais valablement existé, incite quand même à la prudence.

Harry Potter et la culotte de Lady Gaga

Ce dernier samedi pluvieux m’aura fait tomber sur un bref article du Monde qui n’aura pas manqué de m’interpeller une bonne partie du week-end. Intitulé Ciel, l’algorithme !, ce papier pose en effet quelques questions sur les rapports que peut entretenir l’industrie de l’information et ses codes déontologiques, plus ou moins sincères, avec la vision du monde très particulière d’un enfant milliardaire que rien n’arrête encore.

Car si le géant américain pèse lourd dans la visibilité des marques, et parmi celles-ci des médias, ce n’est pas toujours pour le meilleur. Finies les espérances nées des premiers jours et l’exaltation de voir en temps quasi-réel doubler ses likes et ses followers, place aux exigences d’une monétisation exigée par une entrée en bourse -record puis aussitôt catastrophique, et ses impératifs de rentabilité. En effet, l’algorithme de visibilité de Facebook a subi nombre de changements cette dernière année pour en arriver presque par la douceur à imposer aux marques de transiter par la case des annonces payantes pour être visibles, ne serait-ce que par une minorité de leurs abonnés.

Et voici que Facebook va plus loin et annonce que « le facteur clé est l’engagement. Plus un contenu est « aimé », commenté, partagé, plus il nous semble qualitatif. Nous souhaitons montrer des publications moins fréquemment aux personnes qui n’interagissent pas avec une page. » :

Les journalistes et les annonceurs sont priés de faire du « J’aime » à tout va. La réaction des rédacteurs du Monde, sceptiques, impuissants, et qui déclarent leur « refus de vouloir créer du « J’aime » à tout prix (qui) pourrait à terme se solder par une moindre visibilité » se révèle ainsi digne des cauchemars les plus noirs qu’un Beuve-Méry n’aurait pas pu imaginer et ne laisse augurer que de médiocres évolutions.

Nota Bene : Non, le titre de cet article n’est pas dû à une fausse manipulation. Il veut au contraire signifier que Facebook n’a pas le monopole de ce nouveau capitalisme populiste, aussi sot et régressif qu’il soit. Google a en effet montré la voie depuis longtemps en accordant une prime décisive aux contenus les plus « populaires », édifiant de véritables autoroutes à une civilisation du grégaire et du futile. Sans que l’on sache si nos temps et nos moeurs sont ainsi faits aujourd’hui ou si la domination technologique du monde va achever d’éliminer toute forme alternative de mémoire ou de hiérarchisation de l’information.

Stratégie et Crowdsourcing

L'éléphant d'Al Rumi

Un certain nombre d’entreprises pionnières adoptent le Crowdsourcing pour élaborer leur stratégie d’entreprise et ouvrent leurs réflexions à des partenaires divers.
Encore minoritaire mais appréciée très positivement, cette tendance est appelée à se développer.

Des entreprises liées à l’informatique (HCL Technologies, RedHat) mais également des assureurs (AEGON) ou des grands groupes multi-activités (3M) ont abordé avec succès le virage participatif des années 2000.
Elles en ont retiré une amélioration de la qualité de leur stratégie en la rendant plus opérationnelle en même temps qu’elles ont suscité de larges adhésions en interne.
De quoi justifier l’intérêt que beaucoup ont déjà porté à ces innovations…

Un récent rapport de McKinsey basé sur ces récentes expériences en tire un bilan globalement positif en évoquant notamment les points suivants :

  • Engager des milliers de personnes dans les processus de réflexion entraîne un puissant bouleversement positif au sein des organisations.
    Une meilleure compréhension des stratégies initiées et une plus grande motivation à les mettre en oeuvre sont le résultat direct des consultations partagées dans les groupes.
    Cela augmente également les chances de déceler très tôt différentes menaces et opportunités et permet la mise en place d’ajustements rapides.
  • Les cadres intermédiaires jouent un rôle essentiel dans le succès de ces opérations.
    C’est à eux que revient le soin de matérialiser et faire fonctionner, jour après jour, la stratégie de leur entreprise.
  • La notion de leadership stratégique va continuer d’évoluer.
    Impulsée par les principes observés depuis le boom des réseaux sociaux (transparence,évaluation par les pairs, égalitarisme,…), la définition du leadership stratégique a évolué pour faire des leaders des « architectes sociaux », toujours responsables pour réaliser les synthèses ou arbitrer mais également tenus de faire une place à la conduite d’échanges plus empathiques où la voix de tout le monde se doit d’être entendue si ce n’est prise en compte.
    Les boutons « J’aime » et la multiplication des votes et sondages ont été adoptés un peu partout pour permettre aux participants d’exprimer leurs idées et humeurs sans trop s’exposer.
    De façon plus évoluée, les marchés prédictifs et le Swarming sont des exemples de nouveaux outils adoptés par les organisations sensibilisées à une culture du partage héritée des réseaux sociaux.

Encore minoritaires, ces méthodes sont prometteuses et laissent une large place à l’imagination de nouvelles voies de dialogue capables de stimuler les alignements organisationnels.

Elles attendent également un peu de courage de la part de ceux qui seront les leaders stratégiques de demain.

2012, l’année de la …

2011 est mort, vive 2012 ! Cette année riche et souvent passionnante, dés à présent loin dans les rétroviseurs,  l’on se met déjà à penser au cru 2012, que l’on voit prometteur, qu’on espère fructueux et qu’on attend aussi grisant que l’année écoulée.

Si l’on se réfère à Brian Solis, expert des nouveaux médias, 2012 sera une année charnière pour le Social Marketing qui devrait être expérimenté par un maximum d’entreprises avant d’être définitivement développé en 2013, si toutefois financièrement ça allait mieux (raison avancée par 47% des sondés).

Pas certain, selon Georges Colony, CEO de Forrester de passage à Paris pour LeWeb (Voir Vidéo), qui voit plutôt une fatigue des réseaux menacer du côté des consommateurs alors même que les possibilités sociales pour les entreprises devraient exploser, et qui va jusqu’à prédire la fin du web tel que nous le connaissons au profit d’applications poussées comme des champignons.

De façon plus générale, JWT tente dix prédictions qui voient le marketing frugal (pour ne pas dire « discount ») se généraliser, la consommation raisonnable et un minimum d’hédonisme gagner du terrain sur les trop stricts régimes, le mariage se ringardiser, la notion de vieillesse se redessiner à la faveur des évolutions démographiques, médicales et technologiques, et un maximum d’écrans venir s’incruster dans nos actions de tous les jours.

Une vision corroborée sur certains points par trendwatching.com qui parie également sur les nouveaux services de luxe formatés pour les milliardaires d’Asie, l’auto-prise en charge de sa santé par le biais des technologies, la généralisation du recyclage écologique, l’apparition des nouveaux moyens mobiles de paiement, le partage et l’exploitation de flux d’informations personnelles, ainsi que l’essaimage de nouvelles influences nées de tendances d’abord observées sur les marchés émergents.

Une seule prédiction est donc certaine, 2012 sera … imprévisible.
Car l’homme d’esprit le sait : il faut toujours faire confiance aux événements – ils ne manquent jamais de se produire -.

De l’influence des réseaux sociaux et du numérique sur les mouvements de contestation

La folle année 2011 restera riche en révoltes populaires marquées par l’utilisation de nouvelles formes de communication. Depuis la Tunisie et l’Egypte jusqu’aux événements récents observés à Londres, médias, gouvernements et citoyens ont pu expérimenter à grandeur réelle les nombreuses possibilités offertes par les réseaux de téléphonie mobile, Twitter, Youtube, et autres.

Les évolutions observées dans le déploiement de ces révoltes indiquent qu’une course-poursuite infernale s’est engagée entre les contestataires, les forces gouvernementales et les médias chargés de rapporter les événements. Une course où les rebelles sont toujours bien installés en tête.

L’empathie numérique tunisienne

Illustrant superbement la situation de millions de personnes condamnées au surplace alors même qu’elles étaient arrivées au seuil de la modernité, l’immolation par le feu de Bouazizi le 17 décembre dernier a vite acquis valeur de symbole.
Faisant suite à des mouvements spontanés de protestation survenus à Sidi Bouzid, une vidéo de  la mère du défunt finit par atterrir sur Facebook, immédiatement partagée par des milliers de personnes avant qu’Al Jazeera ne repère et diffuse la vidéo sur ses antennes, massivement suivies par l’ensemble des pays d’arabes.
A l’instar de Neda l’iranienne, les images d’une mère frappée de deuil et d’injustice ont acquis par le biais des réseaux sociaux une résonnance planétaire de façon quasi instantanée.

En Tunisie, cela s’est fait sur les 2 millions de comptes Facebook , soit près d’un Tunisien sur cinq. Dans un pays où la censure relève de la tradition inflexible, où les journaux, radios et télévisions sont sous contrôle permanent et où YouTube et DailyMotion sont purement et simplement interdits, les Tunisiens ont convergé en masse vers Facebook, réputé (à tort !) non suspect par l’administration policière.

S’est créée alors sur cette plateforme une chaîne d’empathie exponentielle, d’abord relayée par l’importante communauté émigrée du pays, puis ensuite et très rapidement par les populations des pays voisins, sympathisants naturels, par culture ou par proximité, d’un mouvement de plus en plus difficile à contenir.

La chaîne Al Jazeera a presque immédiatement validé la dynamique du mouvement en donnant du corps et de la consistance à un élan qui en soi n’aurait peut-être pas fait les Unes des journaux de la rive nord de la méditerranée, souvent engluées par conservatisme et par manque d’attention dans les seules questions purement locales ou européennes. Une intervention que certains ont jugé étonnante de la part de la chaîne qatarie car tombée pile à point nommé pour des équipes de journalistes formées un mois auparavant à l’utilisation des réseaux sociaux …

La contagion égyptienne

La même chaîne Al Jazeera sera encore la seule à diffuser des images en direct de la place Tahrir durant les quelques journées qui auront provoqué la chute d’un Raïs, certes vieillissant mais au pouvoir depuis plusieurs décennies. Exploitant une attention médiatique exceptionnelle du fait de l’antécédent encore brûlant de l’épisode tunisien, les égyptiens ont su retenir l’attention du monde en proposant une inflexible résistance aux forces de l’ordre.
A l’inverse de ce qui s’est passé en Tunisie, c’est cette fois les images diffusées par Al Jazeera  qui ont donné une impulsion que les médias sociaux ont ensuite amplifiée. Les messages twitter ont commenté en direct et pendant plusieurs jours, les images de la place Tahrir et les discours du Raïs, en délégitimant celui-ci de façon immédiate et définitive. Condamné par les voix des peuples, le président égyptien n’est plus apparu crédible pour personne et sa chute n’est plus devenue qu’une histoire de temps.

La généralisation 
Loin de s’arrêter à l’épisode égyptien, les révoltes populaires ont continué à éclater un peu partout dans les pays arabes.
Au Maroc ou en Algérie, les populations sont sorties pour montrer leurs mécontentements et se sont ensuite organisées pour s’exprimer à travers la toile. Des mouvements se sont crées dans ces pays pour exploiter les nouvelles possibilités offertes par le web et les médias sociaux afin de défendre leur droit à la parole et une plus grande place dans la société. Des Think Tanks par dizaines et des mouvements citoyens pas toujours strictement définis ont investi la toile en un temps record, souvent avec des ressources très limitées, enregistrant un nombre significatif de visites pour un intérêt variable. Allant de la proposition d’idées à la discussion libre des propositions de constitution marocaine ou égyptienne, les organisations citoyennes ont, par prudence ou opportunité, dépassé l’opposition frontale et se sont engagées dans la proposition d’alternatives via les médias numériques.

L’essoufflement ?
Il est pourtant évident que tous les mouvements ne se sont pas dissous dans le dialogue plus ou moins complaisant avec des régimes souvent trop autoritaires et il est tout aussi flagrant que la visibilité des mouvements citoyens ne parait pas aussi effective aujourd’hui qu’il y a quelques mois, tandis même que les combats menés en Syrie ou en Libye sont plus féroces que jamais.

Alors… Lassitude des opinions ? Affaiblissement des contestations dans leur incarnation numérique ? Meilleure contrôle des réseaux par les gouvernements ?

La Guerilla numérique
Pas vraiment à mon sens, puisque j’émets l’hypothèse que les mouvements de contestation les mieux organisés ont parfaitement compris que dans leurs affrontements contre les États, sur la toile comme ailleurs, leurs principales armes relèvent de la guerilla : Rapidité, mobilité, et imprévisibilité.
Et que dés lors que leurs organisations sont condamnées à avoir un mouvement d’avance, elles continueront à varier leurs coups à l’infini.
Partisans de la stratégie de l’occupation stratégique et temporaire des territoires, elles décident d’investir telle ou telle plateforme en ménageant leur effet de surprise et en minimisant leur exposition aux différents dispositifs de surveillance qui ont pour fréquent défaut de voir le jour après les débats.

Après la sur-exposition Facebook et Twitter, et l’essoufflement de ce que j’ai appelé plus haut l’empathie numérique, les groupes d’opposition sont revenus à une utilisation plus discrète et mieux préparée des réseaux sociaux, appelés à ne plus représenter que la surface émergée et communicante de leurs efforts. Revenus à une clandestinité et à un anonymat qui conviennent mieux à leur organisation, ils peuvent continuer leur exploration du monde numérique et diversifier leur utilisation des innombrables outils à disposition.

Très récemment, les émeutiers de Londres ont investi les réseaux semi-privés des Blackberry, et ont ainsi formidablement déjoué tous les dispositifs savants et peu discrets de veille sur Twitter ou Facebook. Agissant comme des capuches sur des visages, les BBM ont permis à des milliers de personnes de s’informer au nez et à la barbe des coûteux outils de veille développés par le gouvernement de sa majesté et ont obligé Cameron à se ridiculiser en s’alignant sur les positions de Kadhafi ou autres dirigeants chinois, c’est-à-dire à demander l’interdiction pure et simple des réseaux sociaux, ce qui ne manque pas de sel provenant d’une démocratie en apparence aussi peu contestable que celle du Royaume-Uni.

Ailleurs, les rebelles de Syrie et de Libye ont privilégié d’autres utilisations des technologies numériques, parfois de façon très inattendue.
En Libye, ce n’est ni Facebook ni Twitter ni même Facebook qui ont été les plus utilisés mais Google Earth. Un article de The Australian raconte de façon étonnante comment les rebelles de Misrata ont grace à des Mashup (croisement de données provenant de différentes sources) réussi à localiser les positions ennemies avec une redoutable efficacité. Laptop et Iphone sont devenus les outils ordinaires des opérations et permettent jusqu’à un certain point de rivaliser avec les équipements militaires traditionnels, compensant la puissance par la légèreté et la portabilité. Rien d’autre qu’une application simple et réussie des principes de la Guerilla aux outils numériques.

Jeux et simulations

Dans un article de Geek paru dans arabist.net, le journaliste et développeur Steve Negus raconte comment d’autres jeux que ceux de la série Call Of Duty ( en vente libre dans le commerce et très appréciés par les soldats en herbe du monde entier pour leur saisissant réalisme ) font bien plus. Combat Mission: Shock Force dépasse les limites du First Person Shooter, c’est-à-dire du seul soldat engagé sur la ligne de front, pour proposer la gestion des mouvements d’escadrilles de 8 ou 12 personnes alors que la série Panther Games va très loin dans le détail et intègre dans ses simulations l’ensemble des éléments de logistique et de communication capables d’influer sur le résultat d’affrontements répartis sur plusieurs semaines.
Que le jeu soit intégré dans les entraînements des armées pour mieux les préparer à affronter de nouveaux environnements, n’est pas neuf en soi ; ce qui est nouveau, c’est que des groupes disposant d’un minimum de ressources et de préparation aient aujourd’hui accès à ces technologies et qu’ils soient capables de développer leurs propres outils, aussi redoutables et insidieux que peuvent être ceux élaborés par les Anonymous, par exemple.

Face aux défis posés par l’adoption des outils numériques d’action et de communication de la part des mouvements d’opposition, les gouvernements n’ont pas encore développé de réponses satisfaisantes. Une réunion du PM britannique avec les responsables de Facebook, Twitter et RIM le fabricant de Blackberry n’est guère acceptable : En plus que d’être une menace pour la liberté d’expression de ses citoyens, elle sous-estime gravement les capacités d’innovation et de surprise des groupes de contestation et leur sens naturel de l’adaptation.

Faute d’une stratégie plus ambitieuse, qui accepte la complexité de tous les possibles éléments impliqués dans la construction d’un projet de déstabilisation, d’une compréhension plus globale, moins linéaire et opportuniste des moyens d’actions, les gouvernements courrent le risque de se voir définitivement dépassés, voire ringardisés dans leur mission de base consistant à garantir la sécurité de leurs citoyens.
Même si elles sont loin de garantir le risque zéro, les réponses existent. Elles résident notamment dans la régulation acceptée et transparente des espaces sociaux, la cartographie intelligente (décloisonnée et évolutive) des différents facteurs de risque, l’innovation technologique, et enfin, la construction de scénarios capables d’anticiper des situations de crise et d’y apporter les réponses adaptées et acceptables sur une échelle-temps numérique.
Faute d’une prise de conscience immédiate et d’une rapide mise en oeuvre, les gouvernements risquent de se voir tout bonnement retirer la confiance placée en eux pour assurer leur sécurité.

Quelques heures avec Google+

Il y a deux jours, Google a rendu accessible Google+. Pas encore tout à fait publique, la plateforme sociale destinée à concurrencer Facebook, LinkedIn et à un degré moindre Twitter, a monopolisé l’attention de l’élite des médiaphiles et autres nerds. Sans convaincre totalement.

 

 

Sans s’attarder sur la curieuse façon dont les invitations sont gérées, ouvertes, fermées, puis ouvertes, puis à nouveau fermées, l’introduction de cette plateforme suscite d’ores et déjà polémiques et spéculations quant à sa promotion et à sa pérennité.
Curieuse en effet, la façon dont Google lance ses nouveautés : Sans être apparemment trop gênée par les flops de Wave, Buzz ou même +1, la firme de Mountain View continue d’accumuler les maladresses de lancement à hauteur proportionnelle des phénoménaux buzz générés à chaque occasion ; Les heureux invités sont à chaque fois nombreux à demeurer sceptiques devant leur écran, ne comprenant pas trop ce qui leur est proposé, visionnant quelques vidéos proposées avant de renoncer en ponctuant d’un grand « J’y comprends rien » et de cliquer vers Facebook ou Twitter.

Trop difficiles les produits Google ?
Pas vraiment, ils apportent certes à chaque fois quelques désorientations dues aux nouveautés introduites mais passées les quelques premières minutes de normal dépaysement, leur utilisation s’avère rapidement intuitive et plutôt pas mal pensée ergonomiquement.
Il se pourrait certes que le minimalisme caractéristique de la marque paraisse hermétique pour bon nombre de personnes mais il est vite apprivoisé et constitue un atout indéniable face aux concurrents qui souvent piquent les yeux faute d’encombrement et de bon goût…
Il reste que la première impression laisse un trop grand goût d’inachevé et n’atteint objectivement pas des objectifs de Wow Effect à la hauteur du travail produit par les ingénieurs de Google.
Pourquoi est-ce que des idées aussi (simples et) géniales que des cercles d’amis, qui consiste à gérer de façon optimale ses communications en fonction de la qualité de ses interlocuteurs, amis, famille, travail ou connaissances, ou des sparks, les fils d’information accessibles par mot-clé, sont aussi mal présentées et aussi peu séduisantes dans les premières minutes qu’elles peuvent être prometteuses pour le reste de l’éternité ?

La réponse réside sûrement dans une affreuse Go-To-Market Strategy qui une nouvelle fois confond vitesse et précipitation et ne prend pas suffisamment de temps pour tester et rectifier ses produits en situation réelle avant de les lancer à l’assaut du monde.
Comme pour confirmer cette thèse, Google a en effet sorti en même temps que Google+, d’autres produits passés plus inaperçus :
Google Swiffy
Google What Do You Love
en même temps qu’il revoyait le graphisme de toutes ses applications, depuis le moteur de recherche jusqu’à Places, en passant par Gmail, Reader, etc.

Pourquoi un tel empressement ? Pourquoi saboter ainsi le fruit de plusieurs mois de développement produit?
Peut-être que la réponse réside en partie dans le calendrier : Nous sommes pile poil à la fin du deuxième trimestre, stratégique pour l’activité boursière, et Zuckerberg annonce des nouveautés « révolutionnaires » pour la semaine prochaine…

Google+ et nous

La question de la pérennité est liée à la précédente. Faute d’acquérir une base d’utilisateurs suffisamment critique très rapidement, Google+ risque de finir aussi mal que Wave dont on avait pourtant vu des invitations se proposer à 5000$ sur Ebay…
Comme dit plus haut, la frustration est là, et si Google ne rectifie pas le tir très rapidement pour sortir une Béta aboutie qui procure une expérience utilisateur instantanée, c’en est fini du machin.
Ce qui serait bien dommage pour deux raisons au moins.

A. Les cercles d’amis répondent à une évidence que Facebook et Zuckerberg n’admettent pas ( et c’est leur droit d’ailleurs) c’est que la vie privée et le cloisonnement des activités sont des concepts pleins de réalité. Et que dans la vie de tous les jours, nous ne pouvons généralement rien dire de très intéressant si l’on doit s’adresser en même temps à sa grand-mère, à son ami d’enfance qu’ l’on n’a pas rencontré depuis 25 ans, au susceptible pdg de son entreprise et à son maire écolo qui ont chacun leurs propres perspectives et intérêts à poursuivre une conversation avec nous.

B. L’existence de ces Cercles (et des Bulles, que je vous conseille d’essayer), sont très utiles pour gérer ses activités collectives ou projets professionnels. C’est comme si l’on disposait maintenant de plusieurs murs au lieu d’un seul et unique, et que l’on pouvait ainsi suivre au fil du temps l’avancée de travaux, ce qui au niveau professionnel peut vite s’avérer indispensable et remplacer définitivement les messageries Msn et Skype, pas franchement optimisées pour cet usage.

Quelques heures seulement après son lancement, il est donc difficile de se hasarder à des pronostics ; Rien n’est encore joué et l’on peut aussi bien assister à un exode massif d’utilisateurs vers Google+ qu’à une totale indifférence.
Mais faute de faire son boulot de marketing et de mieux expliciter les avantages d’une adoption de son nouveau service, Google risque fort de passer rapidement à d’autres services plus et plus pour faire oublier les ratés de cette plateforme pourtant séduisante.

Tunisie : La première révolution des Digital Natives ?

Les dictatures, plus que les autres Etats-nations, sont de plus en plus impuissantes à réguler les effets de la mondialisation et l’apparition de nouveaux citoyens, membres actifs et passionnés de réseaux sociaux transfrontaliers fondés autour des idées de la modernité.

 

Alors que la terre tunisienne fume encore et que l’issue du combat mené par ses habitants n’est pas encore totalement décidée, nombre d’analystes ont tenté d’en expliciter les caractères politiques et sociaux.
Tout en admettant la prééminence de ces aspects, il me semble utile d’y adjoindre une explication d’un autre ordre et qui compte certainement dans la dynamique d’une jeunesse lancée à toute vapeur vers son émancipation et son entrée dans le monde.

Sans aller jusqu’à dire que Facebook, Twitter ou les SMS ont fait la révolution – ce serait aussi idiot que de dire que le téléphone a permis à l’Inde d’acquérir son indépendance ou que l’automobile a permis de renverser les tsars de Russie, il paraît évident que l’utilisation répandue de la toile et des réseaux sociaux a largement contribué à l’établissement d’une conscience nouvelle d’une jeunesse tunisienne interconnectée et marchant au diapason des autres jeunesses du monde.
Cette transition culturelle opérée dans les consciences des contemporains de l’ère numérique, les Digital Natives, n’a pas été comprise par les pouvoirs politiques, de Tunisie ou d’ailleurs, prisonniers d’un autre temps finalement pas très lointain de celui des caravelles et des lampes à huile. Un temps où les revendications de liberté, d’éducation et d’accomplissement de soi étaient toujours liées à un territoire géographique délimité par des frontières.

De façon générale, si les élites politiques ainsi que nombre d’analystes ressassent à longueur d’année et à juste titre que le monde a changé, elles ne comprennent que partiellement leur propos en restreignant leur observation à des indicateurs quantitatifs et économiques, et en refusant d’examiner d’autres conséquences sûrement plus définitives de la mondialisation.

Pour ne pas vouloir ou savoir prendre en compte les inductions culturelles de la mondialisation, ces élites n’ont pas encore compris que les peuples de Tunisie, de Chine ou de Madagascar n’ont jamais été aussi instruits et conscients du monde qui leur est proposé. Qu’ils n’ont jamais été aussi connectés et informés, vivants du « temps réel », participants à l’édification d’un nouveau système complexe. Et que si ces peuples se sont débarrassé des dirigeants tunisiens, coupables d’avoir complètement ignoré la nature des changements profonds dans l’identité mondialisée des nouvelles générations, ils devraient rapidement se tourner vers d’autres gouvernants tout aussi ignorants du monde dans lequel ils vivent.

Tunisia’s bitter cyberwar (AlJazeera)
The first twitter revolution? (Foreign Policy)
Tweeting Tyrants out of Tunisia: Global Internet at its best (Wired)