Intelligence Artificielle, Novembre 17

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET BUSINESS

L’Intelligence Artificielle étant un des sujets chauds bouillants du moment, pas un analyste ou un influenceur qui ne s’empare du sujet pour faire un recensement de l’existant.
Le même exercice est appliqué à différents domaines, qu’il soit appelé Tour d’horizon,  cf. Tour d’horizon des Startups de l’Intelligence Artificelle et Tour d’horizon des performances créatives de l’IA, ou Panorama, cf. Panorama des solutions d’intelligence artificielle pour le Marketing.

ARTS

En se basant sur des techniques de Deep Learning, deux chercheurs français avaient déjà su programmer une intelligence artificielle pour reconnaître le style d’un peinture. Cette fois, ce sont des chercheurs de la Rutgers University qui ont réussi à identifier des Picasso ou des Matisse, parmi 80 000 œuvres présentées (et même les faux, dit-on).

SANTÉ

VIE PRIVÉE

En écho à la vidéo précédente, celle-ci promet une reconnaissance instantanée des personnes en se basant sur leur façon de marcher.
Le début de la fin pour une certaine idée de l’individu comme entité solitaire et autonome.

 

 

Pour une Magna Carta numérique

Dans une récente tribune publiée par The Guardian en date du 12 mars, Sir Tim Berners Lee, reconnu comme étant l’inventeur du Web, milite ardemment pour la définition d’une Magna Carta du réseau, soit un standard international destiné à protéger l’indépendance du support et les droits de ses utilisateurs.

Inquiet des attaques répétées des divers gouvernements et multinationales enclins à façonner la toile à la forme de leurs besoins de puissance et de contrôle, le britannique estime nécessaire la promulgation de nouvelles règles capables de sauvegarder le caractère « ouvert et neutre » du réseau.

« Unless we have an open, neutral internet we can rely on without worrying about what’s happening at the back door, we can’t have open government, good democracy, good healthcare, connected communities and diversity of culture. It’s not naive to think we can have that, but it is naive to think we can just sit back and get it. »

Dictée par les nombreuses révélations concernant la NSA et la GCHQ, sa prise de position vigoureuse s’accompagne de la création d’un site, Web We Want, d’où il lance un appel pour la création de droits numériques dans chaque pays. amenée à être soutenue par différentes instances publiques, autorités et entreprises…

A l’instar de la Magna Carta Libertatum, la grande charte conçue en terres anglaises en 1215 et censée limiter les pouvoirs royaux, la nouvelle constitution numérique édicterait des droits numériques fondamentaux et inaliénables. Elle s’appuierait notamment sur des droits d’auteur révisés et une meilleure connaissance des technologies de la part de nos gouvernants.
Et permettrait de réduire l’omniprésence américaine sur le web, où par exemple, les adresses IP et les noms de domaine sont, aujourd’hui encore, gérés par une fondation qui dépend directement du ministère américain du commerce…

Qui dirige Internet ?

Infographie Icann

Selon l’ICANN, « Internet est en soi un réseau d’ordinateurs répartis à l’échelle mondiale comprenant de nombreux réseaux autonomes volontairement interconnectés. De même, sa direction relève d’un réseau pluripartite décentralisé et international de groupes autonomes interconnectés provenant de la société civile, le secteur privé, les gouvernements, les communautés académiques et scientifiques ainsi que des organisations nationales et internationales ».

Des acteurs globalement présents sur le sol US et par conséquent liés aux lois et au droit américain, « oublie » quand même de préciser l’organisme qui passe grossièrement sous silence tout principe de territorialité.

Des médias sociaux de plus en plus sociaux ?

Alors que le web, plus marchand que social, s’essouffle, de nouveaux usages voient le jour, plus ouverts, plus libres, et surtout, plus anonymes. Reste à savoir si cette évolution est appelée à durer, et donc, à valider sa viabilité économique. 

Près de 80% des internautes sont membres d’au moins un réseau social et deux tiers de ces individus visitent leur profil tous les jours ou presque, pour visionner des vidéos, tweeter, poster des photos sur Instagram, consulter une page Wikipédia ou plus simplement voir s’il y a du neuf sur leur page Facebook depuis qu’ils l’ont refermée, quelques minutes auparavant. On dit d’ailleurs que si Facebook était un pays, il serait le troisième le plus peuplé au monde après la Chine et l’Inde. Que les individus auraient perdu quelques degrés de séparation entre eux au passage. Mazette.

Social Media Fatigue

Sur ce web 2.0 qu’on dit social, des millions de gens se sont rassemblés plus ou moins rapidement pour former quantité de communautés virtuelles, où ils vont s’informer, consommer, informer, protester, rencontrer, etc.
Mais en dépit de ce succès incontestable, quelques signes d’essoufflement se font déjà sentir ici ou là, une ‘social media fatigue‘ est évoquée et les plus anciens des convertis ont perdu un peu de leur enthousiasme en route.

Parmi les explications avancées, on retrouve la faiblesse d’un nouvel habitus conversationnel qui impliquerait une simplification trop pénalisante dans la communication à autrui. Les 140 signes se révèleraient insuffisants (on l’aurait parié), et les « j’aime », « je partage », ou autres, se révèleraient à la longue impropres à la complexité du jeu social qui nous lie à notre ami, à notre employeur, ou à notre amour virtuel.

Web marchand

Malmenées par des marques condamnées à la croissance, les personnalités numériques seraient en train de s’isoler chaque jour un peu plus dans une « consommation créatrice », dépeinte par Lipovetsky comme un « empire sur lequel le soleil de la marchandise et de l’individualisme extrême ne se couche jamais ». Un empire infiniment mieux façonné pour l’achat-vente que pour le déploiement d’une nouvelle intelligence relationnelle qui aurait pris le pas et remplacé une grande partie des élans de sociabilité désintéressée par un consumérisme ostensiblement affiché et revendiqué…
Et il est vrai que le web d’aujourd’hui n’a de social que le nom, qu’il se résume à des j’aime/j’aime pas dont on voit bien la pertinence marketing pour ceux qui l’ont encouragé mais dont on perd le sens général. Qu’il ressemble à une mare qu’on prendrait pour un océan où des individus pris par une vague mimétique d’une très grande force se définiraient surtout par leur intentions de consommation.

Web polaroid

Or, depuis cette mare, depuis ce « web desséché », dit même Sarah Perez, on commence à voir l’émergence d’un nouveau web qui s’étend au fil du temps et qui pourrait même signifier un jour la fin du web classique tel que nous le connaissons et pratiquons. Un web redevenu plus intime, plus éphémère. Un web anonyme assorti d’un droit à l’oubli non négociable. Un web qui ressemblerait à tout ce qu’il n’est pas aujourd’hui.

Et les exemples ne manquent pas. Snapchat (100 millions de messages et 50 millions de photos échangés chaque jour), un réseau où l’on partage des photographies qui aussitôt vues s’auto-détruisent, connaît une progression remarquable. Aux US, Reddit s’impose chaque jour et regroupe des utilisateurs nombreux qui ont la particularité de rarement dévoiler leur vrai patronyme. Des internautes utilisent le petit et très discret DuckDuckGo en lieu et place du Google tout-puissant – ce que je fais déjà personnellement depuis quelques années.

Le contenu prenant le pas sur les Brand Contents, un nouveau type de connections voit le jour, qui se soucie moins des likes et des scores Klout. Des connections redevenues plus sociales permettent d’entrevoir la possibilité de retrouver un peu d’intimité après un grand déballage excessif.
Mais est-ce vraiment la volonté du plus grand nombre ? Et est-ce que la minorité restante est suffisamment nombreuse pour constituer une niche durable qui justifierait l’existence de ce web parallèle ? Loin des grandes théories, l’exemple du ratage de Diaspora qui se voulait l’Anti-Facebook et qui n’a finalement jamais valablement existé, incite quand même à la prudence.

Une nouvelle écologie politique

Une nouvelle écologie

Par temps de changements politiques, il est intéressant de voir que sous d’autres cieux pas tellement lointains, de nouvelles options, plus tranchées et peut-être plus conformes à un fameux « air du temps » revu et corrigé continuent de se développer.

Piratpartiet en Suède et Piratenpartei Deutschland sont en train de s’imposer doucement mais sûrement dans un paysage recomposé autour des préoccupations des nouvelles générations. Ce dernier a même réussi en quelques mois à s’imposer comme le parti numéro 3 en Allemagne et entend maintenant supplanter les Verts pour occuper la place de principal parti contestataire.

Sans forcément adhérer à ces mouvements, discutés et discutables par certains aspects, une nouvelle écologie aurait en effet toutes les raisons d’émerger.

Lié à la défense des droits dits numériques, affranchi des impasses d’un affrontement gauche-droite et soucieux de dessiner l’architecture du mieux-vivre des temps à venir, un mouvement accompagnerait la nouvelle division des pouvoirs rendue possible par la libération de l’information.

Il consacrerait l’émergence du rôle nouveau dévolu au citoyen 2.0, désormais associé au même titre que les experts à la gestion des pouvoirs publics dans un autre contexte. Un rôle de surveillance éclairée des élus, chargés d’appliquer en simplicité une politique discutée et négociée par le plus grand nombre.
Un rôle qui s’appuierait très largement sur l’Open Data et la collaboration pour agir à la fois sur la structure et le contenu de politiques véritablement citoyennes, plus à même de gérer la complexité du monde que des alliances d’hommes politiques professionnels, qui isolés, sont de moins en moins capables de percevoir ou d’agir sur la réalité.

Rebelle ? Pas vraiment le mot.
Révolutionnaire ? Peut-être.
Sûrement.

De Frontpage à la Curation : l’histoire du Web continue de s’écrire

Paper.li, Scoop.it, Flipboard et Storify sont les nouvelles plateformes vedettes du Web. Pratiques et attendues par les internautes, elles inventent un mot, la curation, et remettent en cause les principes de domination des médias traditionnels les plus conservateurs.

Au début du web, l’équation était assez simple à comprendre, pas trop éloignée de ce qui pouvait se faire dans le pré-numérique : Il y avait d’un côté une minorité, les producteurs de contenus, qui mettaient en ligne du texte, beaucoup, de la photo, assez, et quelques vidéos et animations, et de l’autre, une majorité, encore peu nombreuse, de possesseurs de modems capables de trouver et de lire ces contenus. Et si d’aventure on en venait à trouver un contenu un peu moins médiocre que les autres, c’était un clic droit et l’on envoyait tout ça dans un dossier soigneusement nommé et rangé.

Puis très vite, parallèlement à l’apparition des lignes haut débit, les technologies numériques et logicielles vinrent à se développer et transformer progressivement les usages. Des blogs et des sites spécialisés commencèrent peu à peu à voir le jour et accueillir le meilleur et le pire des captures photographiques et vidéo, qui devenaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que les appareils baissaient en prix et augmentaient en qualité.
Les plateformes comme MySpace et Skyblog ressemblaient à des bazars sans nom, cacophoniques et peu attirantes nonobstant leur phénoménal succès. C’est à cette époque que Google pouvait commençait à triompher en devenant l’arme indispensable pour répertorier, indexer et retrouver tel groupe de musique super cool ou telle collectionneuse de tickets de ciné et adepte de l’introspection photographique.

 

Le web, un tonneau de Danaïdes

Puis vint Facebook, certes plus sobre mais qui très vite allait s’avérer être comme le reste de l’Internet du nouveau siècle, un tonneau de Danaïdes où des tonnes de photos et des millions de vidéos peuvent se partager sur le site chaque jour et s’ajouter aux 3000 twitts/seconde ou aux 24 heures de vidéo uploadées sur YouTube pour chaque minute écoulée.

Les nouvelles pratiques de partage de morceaux de musique, de vidéos, de photos, de statuts sur sa forme du lundi matin ou de ses résolutions pour le week-end, auront achevé de rendre le monde infobèse.
L’information déborde et il n’est plus un sujet ou une thématique qui ne propose du contenu à lire pour des générations et générations d’internautes un peu pris au dépourvu.
Google ne fonctionnant plus aussi bien – il n’est pas rare désormais qu’on ne trouve rien de pertinent sur un sujet sur les 3 premières pages, et ne proposant pas réellement une hiérarchie qualitative et intelligente des résultats proposés, de nouveaux moyens algorithmiques et humains voient aujourd’hui le jour, comme Pearltrees, Scoopt.it, Storify ou encore FlipBoard pour les tablettes.

Les atomes et les molécules de l’information

Ces outils, dits de Curation, proposent de réduire le bruit inutile et polluant contenu dans les masses d’informations, et offrent aux internautes et aux marques la possibilité d’agréger les informations éparpillées sur différents médias et différentes plateformes afin de les organiser, éditorialiser et partager. Chaque internaute peut désormais se transformer en Curator, capable d’organiser les salles de ses univers virtuels ou de participer à des travaux collectifs de collecte et de partage d’informations, sur un sujet ou un autre.

Parmi les nombreuses questions que peut soulever l’apparition de ces nouvelles plateformes et techniques de traitement des informations, il en est une qui concerne particulièrement les médias et producteurs de contenus qui ne cessent de s’interroger sur le caractère menaçant ou opportun que peuvent représenter ces nouvelles évolutions.
En réalité, ils ne réalisent que trop tard que l’appropriation de l’agrégation des contenus par les internautes se situe au coeur même des profondes modifications introduites par le numérique.
Prenons l’exemple de l’industrie du disque et observons que les pratiques de téléchargement sont venues fortement bousculer les habitudes d’agrégation imposées par les labels sans que ceux-ci s’en rendent compte puisqu’ils ont longtemps continué et continuent encore de proposer des « albums » (le mot employé est parlant) dont le format répond surtout à une nécessité de compléter les 3 ou 4 hits voulus par le public par des titres de moindre importance mais capables de justifier l’achat d’un LP, nécessairement plus cher.
Prenons également l’exemple d’un quotidien de presse. N’est-ce pas là aussi une agrégation forcée de contenus proposée au lecteur ? Les mots-croisés, les cotes boursières et le Sudoku sont-ils appréciés de la même manière ? J’achète un journal mais est-ce que pour autant je « consomme » l’intégralité de celui-ci ? Suis-je tenu de lire le courrier des lecteurs du Figaro lorsque je parcours ses pages d’actualité internationale ?

Curation horizontale Vs. Curation verticale
Le coeur du problème peut s’énoncer ainsi : Débarrassés des contraintes liées aux coûts de reproduction des supports, les individus ne font que substituer une logique de curation verticale à une curation horizontale.
Ils décident des contenus de leur journal après avoir longtemps acheté des journaux qui décidaient leur contenu pour eux. Et deviennent ainsi libres de rassembler tous les bons papiers, commentaires et vidéos relatifs à la révolution en Egypte, de les partager, mettre à jour et en débattre avec d’autres passionnés de géopolitique en ayant la liberté de laisser de côté les récents et honorifiques succès des handballeurs.

A condition de reconnaître ces évolutions et de décider de les accompagner plutôt que de les combattre, les médias peuvent encore en retirer quelques substantiels avantages, par exemple par la monétisation d’espaces publicitaires ultra-ciblés, mais pas seulement. Ils peuvent également, comme le fait avec succès le Huffington Post, décider d’être aussi les meilleurs dans ce domaine et d’envisager à nouveau le travail journalistique comme un travail de veille, de tri, d’analyse, de sélection et de partage au service du lecteur. De curation, en somme.